Chaque 13 février, la communauté internationale marque la Journée mondiale de sensibilisation à l’anémie, une date destinée à sensibiliser aux conséquences souvent sous-estimées de cette pathologie qui touche des centaines de millions de personnes à travers le monde. L’anémie demeure l’un des troubles nutritionnels et hématologiques les plus répandus, mais aussi l’un des plus négligés, en particulier dans les régions à faibles ressources où l’accès aux soins de santé reste limité.
Selon les estimations relayées par des organisations internationales comme l’Organisation mondiale de la Santé, près d’une personne sur quatre souffre d’anémie dans le monde. Cela représente environ 30 % des femmes et près de 40 % des enfants à l’échelle planétaire. Plus précisément, on estime qu’un demi-milliard de femmes âgées de 15 à 49 ans sont concernées, ainsi que 269 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois. Ces chiffres traduisent l’ampleur d’un problème de santé publique majeur qui affecte la croissance, la productivité et le développement humain.
L’anémie se caractérise par une diminution du taux d’hémoglobine dans le sang, réduisant ainsi la capacité de l’organisme à transporter l’oxygène vers les tissus. Chez les enfants comme chez les adultes, la principale cause reste la carence en fer. Celle-ci résulte le plus souvent d’un apport alimentaire insuffisant en fer, mais également de pertes sanguines, qu’elles soient liées à des hémorragies, à des maladies parasitaires ou à des complications obstétricales.
La carence en fer ne s’accompagne pas systématiquement d’anémie, mais elle est responsable d’environ deux tiers des cas recensés dans le monde. Les femmes en âge de procréer constituent la catégorie la plus exposée. Les saignements menstruels réguliers, les grossesses rapprochées et les pertes de sang liées à l’accouchement augmentent considérablement les besoins en fer. Pourtant, dans de nombreuses sociétés, les règles demeurent un sujet tabou, et les pertes sanguines sont souvent minimisées, voire ignorées. Le manque d’éducation sanitaire et les pressions culturelles contribuent à retarder le diagnostic et la prise en charge.
Chez le fœtus et le jeune enfant, les conséquences peuvent être particulièrement graves. L’anémie, notamment lorsqu’elle est liée à une carence en fer, peut affecter le développement du cerveau, altérer les fonctions cognitives et compromettre les capacités d’apprentissage. Ces impacts peuvent avoir des répercussions durables sur la réussite scolaire et l’intégration sociale.
Chez l’adulte, l’anémie se manifeste par une fatigue persistante, une faiblesse musculaire, des étourdissements et une diminution de la concentration. Elle est également associée à des troubles de la santé mentale, avec des taux plus élevés d’anxiété et de dépression. Ces symptômes entravent la participation à la vie scolaire, professionnelle et sociale, aggravant parfois des situations de précarité.
Les risques sont encore plus marqués chez les femmes enceintes. L’anémie est associée à une augmentation des accouchements prématurés, des hémorragies post-partum, des insuffisances pondérales à la naissance, des gestations écourtées, des mortinaissances et des infections péripartum. Au-delà des chiffres, ce sont des vies fragilisées et des familles impactées.
La Journée mondiale de l’anémie se veut ainsi un appel à l’action. La prévention passe d’abord par une alimentation diversifiée et riche en nutriments, incluant des sources de fer biodisponible comme les viandes rouges, les légumineuses, les légumes verts à feuilles et les aliments enrichis. L’amélioration de l’accès aux soins, le dépistage précoce, le traitement des maladies infectieuses et la supplémentation en fer chez les groupes à risque sont également essentiels.
Dans les pays en développement, les stratégies doivent intégrer des programmes de nutrition scolaire, la sensibilisation des femmes et des adolescentes à la santé menstruelle, ainsi que le renforcement des services de santé maternelle. Briser le silence autour des règles et des pertes sanguines constitue un enjeu central pour mieux prévenir et traiter la carence en fer.
En ce 13 février, la Journée mondiale de sensibilisation à l’anémie rappelle que derrière une simple analyse sanguine se cache un défi mondial de justice sanitaire. Combattre l’anémie, c’est investir dans le capital humain, protéger la santé des mères et des enfants et promouvoir un développement durable fondé sur l’égalité d’accès aux soins et à la nutrition.
Nora S.