Une étude d’ampleur inédite publiée dans la revue Nature Medicine révèle que les antibiotiques pourraient laisser une empreinte durable sur l’organisme, bien au-delà de la durée du traitement. Selon ces travaux menés par des chercheurs de l’Université d’Uppsala, certaines modifications du microbiote intestinal persistent jusqu’à huit ans après la prise de ces médicaments.
Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont analysé près de 15 000 échantillons fécaux provenant d’adultes suédois, en croisant ces données avec les registres nationaux de prescriptions d’antibiotiques. Cette approche leur a permis d’observer l’évolution de la flore intestinale sur une longue période, une première à cette échelle.
Les résultats montrent que l’impact des antibiotiques ne se limite pas aux semaines suivant le traitement. Si les perturbations sont les plus fortes durant la première année, elles restent détectables entre un et quatre ans, et même entre quatre et huit ans après la prise. Dans certains cas, jusqu’à 10 à 15 % des espèces bactériennes intestinales présentent encore des altérations à long terme.
Plus surprenant encore, les chercheurs constatent qu’une seule cure d’antibiotiques peut suffire à modifier durablement l’équilibre du microbiote. Toutefois, tous les antibiotiques ne se valent pas : les effets les plus marqués ont été observés avec certaines familles comme la clindamycine ou les fluoroquinolones, tandis que d’autres, comme la pénicilline V, semblent avoir un impact beaucoup plus limité et transitoire.
Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur les liens déjà suspectés entre consommation d’antibiotiques et maladies chroniques, notamment le diabète de type 2. Les chercheurs rappellent toutefois que leur étude met en évidence des associations, sans prouver de lien de cause à effet direct.
Enfin, ces travaux relancent le débat sur l’usage raisonné des antibiotiques. Indispensables pour traiter de nombreuses infections, ils pourraient aussi avoir des conséquences invisibles mais durables sur l’écosystème bactérien intestinal. Les scientifiques espèrent désormais affiner leurs résultats afin de mieux comprendre la capacité de récupération du microbiote et identifier les patients les plus vulnérables.
Nouhad Ourebzani