Bouger à l’adolescence pourrait déjà influencer le risque de cancer du sein

Et si la prévention du cancer du sein commençait bien plus tôt qu’on ne l’imagine ? Une étude internationale récemment publiée dans la revue Breast Cancer Research suggère que l’activité physique pratiquée à l’adolescence est associée à des modifications biologiques liées au risque futur de cancer du sein. Des résultats encore exploratoires, mais suffisamment solides pour relancer le débat sur l’importance du mouvement dès le plus jeune âge.

Menée auprès de 191 adolescentes âgées de 11 à 20 ans, majoritairement issues de milieux urbains, l’étude s’est intéressée à la relation entre l’activité physique dite « récréative » — sports organisés, jeux actifs, exercices pratiqués en dehors du cadre scolaire — et plusieurs biomarqueurs connus pour être associés au risque de cancer du sein à l’âge adulte.

Les chercheuses et chercheurs se sont penchés sur trois dimensions biologiques clés : la composition des tissus mammaires, certains marqueurs urinaires de stress oxydatif et des indicateurs sanguins d’inflammation. La densité mammaire, notamment, est aujourd’hui reconnue comme l’un des facteurs de risque les plus importants du cancer du sein.

Premier constat frappant : plus d’une adolescente sur deux n’avait déclaré aucune activité physique récréative au cours de la semaine précédant l’étude. Chez celles qui pratiquaient au moins deux heures d’activité organisée par semaine, les résultats différaient sensiblement. Ces adolescentes présentaient une proportion plus faible d’eau dans le tissu mammaire, un élément généralement associé à une densité mammaire plus basse, donc à un risque potentiellement réduit de cancer du sein. Elles affichaient également des niveaux plus faibles d’un marqueur urinaire de stress oxydatif, suggérant une moindre agression cellulaire.

En revanche, l’étude n’a pas mis en évidence de lien clair entre l’activité physique et les marqueurs d’inflammation mesurés. Ces marqueurs, une fois ajustés à la masse grasse corporelle, ne semblaient pas non plus associés à la composition mammaire. Un résultat qui rappelle la complexité des mécanismes biologiques en jeu et la nécessité d’approches nuancées.

Pour les auteurs, ces observations ouvrent une piste intéressante : l’activité physique à l’adolescence pourrait influencer très tôt la manière dont les tissus mammaires se développent, tout en réduisant certains processus biologiques délétères comme le stress oxydatif. Autrement dit, les bénéfices du sport ne se limiteraient pas au poids, à la forme physique ou à la santé cardiovasculaire, mais pourraient aussi toucher des déterminants profonds du risque de cancer.

Les chercheurs restent toutefois prudents. L’étude est de nature transversale : elle observe une situation à un instant donné, sans permettre d’établir un lien de causalité. Il est donc impossible d’affirmer que l’activité physique à l’adolescence protège directement contre le cancer du sein plus tard dans la vie. Des études longitudinales, suivant ces jeunes filles sur plusieurs années, seront nécessaires pour confirmer ces hypothèses.

Reste un message clair pour le grand public : encourager l’activité physique chez les adolescentes pourrait avoir des bénéfices bien au-delà de ce que l’on imagine aujourd’hui. À l’heure où la sédentarité progresse dès le plus jeune âge, ces résultats rappellent que bouger n’est pas seulement une question de bien-être immédiat, mais peut aussi s’inscrire dans une véritable stratégie de santé à long terme.

Ouiza Lataman