Boire du café ou du thé chaque jour n’est peut-être pas qu’un simple rituel. Une étude d’envergure internationale publiée en 2026 dans la revue médicale JAMA suggère qu’une consommation régulière et modérée de boissons caféinées est associée à un risque réduit de démence et à un déclin cognitif plus lent au fil des années.
Les chercheurs ont analysé les données de 131 821 professionnels de santé américains issus de deux grandes cohortes de référence, la Nurses’ Health Study et la Health Professionals Follow-Up Study. Les participants ont été suivis pendant près de quatre décennies, avec un recueil régulier de leurs habitudes alimentaires et de leur état de santé. Au cours du suivi, plus de 11 000 cas de démence ont été documentés.
Le constat principal : les personnes consommant les quantités les plus élevées de café caféiné présentaient un risque de démence inférieur d’environ 18 % par rapport à celles qui en consommaient le moins. Une association similaire a été observée pour le thé contenant de la caféine. Les effets les plus favorables étaient retrouvés chez les participants buvant environ deux à trois tasses de café par jour ou une à deux tasses de thé.
À l’inverse, le café décaféiné n’était pas associé à une réduction significative du risque. Cette différence renforce l’hypothèse d’un rôle central de la caféine — ou de composés biologiquement actifs présents dans les boissons caféinées — dans les mécanismes observés.
L’étude ne s’est pas limitée au diagnostic de démence. Les chercheurs ont également évalué les fonctions cognitives à l’aide de questionnaires sur le déclin subjectif de la mémoire et, dans certaines sous-cohortes, de tests neuropsychologiques standardisés. Une consommation plus élevée de caféine était associée à des performances légèrement meilleures, notamment chez les femmes, même si les écarts restaient modestes.
Les auteurs appellent toutefois à la prudence. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle met en évidence une association statistique, mais ne permet pas d’établir un lien de causalité. Les consommateurs réguliers de café ou de thé peuvent également adopter d’autres comportements favorables à la santé — niveau d’éducation plus élevé, meilleure hygiène de vie, activité physique régulière — susceptibles d’influencer le risque de démence.
Sur le plan biologique, plusieurs pistes sont avancées : la caféine pourrait agir sur l’inflammation cérébrale, le stress oxydatif ou encore les dépôts de protéines impliquées dans la maladie d’Alzheimer. Mais ces mécanismes restent à confirmer par des essais cliniques contrôlés.
Alors que le vieillissement de la population mondiale s’accompagne d’une augmentation constante du nombre de personnes atteintes de démence, ces résultats apportent un signal encourageant. Sans constituer une stratégie préventive à eux seuls, le café et le thé pourraient s’inscrire dans un ensemble de facteurs de mode de vie favorables à la santé cérébrale. Reste à déterminer, par des recherches complémentaires, si cette association reflète un véritable effet protecteur ou simplement le marqueur d’un profil globalement plus sain.
Nouhad Ourebzani