Une récente enquête internationale, dévoilée lors du congrès de l’Union Internationale Contre le Cancer (UICC) à Genève en septembre 2024, met en lumière une tendance préoccupante : les taux de cancer colorectal chez les jeunes adultes, âgés de 25 à 49 ans, sont en forte augmentation. Cette croissance inquiétante s’étend sur 24 pays, parmi lesquels figurent le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, l’Australie et le Canada.
Une tendance mondiale inquiétante
Les chercheurs de l’American Cancer Society (ACS) et du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont analysé les données de 50 pays. Ils ont observé une hausse marquée des cas de cancer colorectal chez les jeunes adultes, tandis que les taux chez les personnes plus âgées, généralement plus exposées à ce type de cancer, sont restés stables ou ont même légèrement diminué.
Cette situation est d’autant plus alarmante qu’elle rejoint une tendance globale d’augmentation des cancers à début précoce, touchant également d’autres types de cancers, notamment le cancer du sein et du pancréas. Selon les chercheurs, cette explosion de cas chez les jeunes pourrait représenter une crise sanitaire émergente, potentiellement capable de renverser des décennies de progrès en matière de santé publique.
Un diagnostic tardif
Les spécialistes pointent du doigt un problème récurrent : les jeunes adultes touchés par ces cancers sont souvent diagnostiqués tardivement, car leurs symptômes ne correspondent pas au profil classique des patients atteints de cancer. Les médecins généralistes peuvent être enclins à attribuer des symptômes comme la fatigue, les ballonnements ou des troubles digestifs à des causes moins graves, comme le stress ou le syndrome du côlon irritable.
« Un médecin qui écoute une personne de plus de 60 ans parler de difficultés à évacuer les selles va prendre ces symptômes beaucoup plus au sérieux qu’un trentenaire actif », explique Sonali Johnson, responsable du plaidoyer à l’UICC. Ce manque de reconnaissance des signes précoces entraîne souvent des retards dans les examens approfondis, comme la coloscopie, et par conséquent, des retards dans le traitement.
Des jeunes frappés par des formes agressives
Les spécialistes constatent également que chez les jeunes, ces cancers se manifestent souvent sous des formes plus agressives. Eileen O’Reilly, oncologue au Memorial Sloan Kettering Cancer Centre de New York, observe régulièrement des patients dans la trentaine ou la quarantaine atteints de cancers du pancréas, une maladie traditionnellement diagnostiquée chez les sexagénaires. Ces jeunes patients, en pleine forme physique, sont parfois confrontés à des pronostics très sombres en raison de la nature agressive de leurs tumeurs.
Vers une meilleure compréhension des causes
La communauté scientifique s’accorde sur le besoin urgent de comprendre les causes sous-jacentes de cette augmentation des cancers précoces. L’obésité et le syndrome métabolique, fortement corrélés au cancer, sont souvent mis en avant comme des facteurs de risque majeurs. En effet, des études ont montré que l’accumulation de poids entre 18 et 40 ans augmente le risque de nombreux cancers, y compris le cancer colorectal.
Cependant, l’obésité n’est pas le seul facteur. Des pistes telles que l’impact de l’alimentation moderne, riche en aliments ultra-transformés, ou encore l’exposition croissante aux microplastiques et aux antibiotiques, sont également étudiées. Certains chercheurs, comme le Dr Frank Frizelle de l’hôpital de Christchurch, ont émis l’hypothèse que les microplastiques pourraient perturber la barrière intestinale et favoriser le développement de cancers colorectaux précoces.
Un appel à la vigilance
Face à cette hausse des cancers précoces, les spécialistes appellent à une sensibilisation accrue des médecins et des systèmes de santé. Il est crucial de repenser les protocoles de dépistage et d’examens pour détecter plus tôt ces cancers chez les jeunes adultes. À ce stade, l’objectif principal est de prévenir une potentielle crise de santé publique qui pourrait bouleverser les gains obtenus dans la lutte contre le cancer.
En conclusion, si les causes exactes de cette augmentation des cancers colorectaux chez les jeunes restent encore floues, il est certain qu’une réponse rapide et coordonnée est nécessaire pour endiguer cette menace croissante. Le renforcement du dépistage précoce, ainsi que des recherches approfondies sur les facteurs environnementaux et comportementaux, sont essentiels pour comprendre et combattre ce phénomène.
Nouhad Ourebzani