Cancer de l’ovaire : retirer préventivement les trompes pourrait faire chuter de près de 80 % le risque de la forme la plus agressive

Et si la prévention du cancer de l’ovaire passait par un geste chirurgical simple, réalisé au détour d’une autre intervention gynécologique ? Une étude publiée dans JAMA Network Open apporte des arguments solides en faveur de la salpingectomie bilatérale opportuniste – l’ablation des deux trompes de Fallope chez des femmes ne présentant pas de risque génétique particulier – comme stratégie de prévention du cancer ovarien séreux, la forme la plus fréquente et la plus redoutable de la maladie.

Le cancer ovarien séreux de haut grade représente environ 70 % des cancers de l’ovaire et demeure l’un des plus meurtriers en raison d’un diagnostic souvent tardif. Depuis une quinzaine d’années, les recherches suggèrent qu’une grande partie de ces cancers ne naîtraient pas directement dans l’ovaire, mais dans les trompes de Fallope. C’est sur cette hypothèse que repose la stratégie dite « opportuniste » : profiter d’une hystérectomie ou d’une autre chirurgie pelvienne programmée pour retirer également les trompes, tout en conservant les ovaires.

L’étude, menée en Colombie-Britannique (Canada), a analysé les données de plus de 85 000 femmes opérées entre 2008 et 2020. Parmi elles, plus de 40 000 ont bénéficié d’une salpingectomie bilatérale opportuniste, tandis que les autres avaient subi une hystérectomie seule ou une ligature des trompes. Les chercheurs ont ensuite comparé l’incidence des cancers ovariens au fil du suivi.

Les résultats sont marquants : le risque de développer un cancer ovarien séreux était réduit d’environ 78 % chez les femmes ayant subi l’ablation des trompes par rapport au groupe témoin. Plus encore, le nombre de cancers observés dans le groupe « salpingectomie » était nettement inférieur à celui attendu selon les données historiques. Ces chiffres renforcent l’idée que les trompes constituent un site d’origine majeur de cette forme de cancer.

L’intérêt de cette approche tient aussi à son profil de sécurité. Contrairement à l’ablation préventive des ovaires – recommandée principalement chez les femmes porteuses de mutations génétiques comme BRCA – la salpingectomie conserve les ovaires et évite ainsi une ménopause précoce et ses conséquences cardiovasculaires, osseuses et métaboliques. Elle apparaît donc comme une option préventive potentiellement applicable à un plus large éventail de femmes, notamment celles ayant terminé leurs projets de maternité.

Les auteurs soulignent toutefois qu’il s’agit d’une étude observationnelle. Si l’association est forte, elle ne remplace pas des essais randomisés à long terme. Néanmoins, dans un contexte où aucun dépistage efficace du cancer de l’ovaire n’existe à grande échelle, ces données pourraient influencer durablement les recommandations cliniques.

À l’heure où la médecine cherche à intervenir le plus tôt possible dans l’histoire naturelle des cancers, cette stratégie illustre un changement de paradigme : agir en amont, sur l’organe d’origine présumé, plutôt que tenter de détecter une maladie souvent silencieuse. Pour des milliers de femmes chaque année, ce geste « opportuniste » pourrait bien devenir un levier majeur de prévention.

Nouhad Ourebzani