La guérison d’un cancer du sein ne signifie pas toujours la fin de ses conséquences sur l’organisme. Fatigue persistante, difficultés de concentration et diminution des capacités physiques peuvent continuer à affecter les femmes plusieurs années après les traitements. Une nouvelle étude américaine suggère que l’activité physique régulière pourrait contribuer à limiter certains de ces effets, notamment en ralentissant le vieillissement biologique et en préservant les fonctions cognitives.
Publiée le 30 septembre 2026 dans le Journal of the National Cancer Institute, une revue scientifique américaine spécialisée dans la recherche sur le cancer, cette étude apporte de nouveaux éléments sur les bénéfices de l’exercice physique après un cancer du sein. Ses résultats suggèrent que bouger régulièrement pourrait agir non seulement sur la condition physique, mais également sur certains mécanismes biologiques associés au vieillissement.
Les chercheurs sont partis d’un constat de plus en plus documenté : le cancer et certains de ses traitements peuvent accélérer le vieillissement de l’organisme. Chez des femmes ayant surmonté la maladie, cette évolution peut se manifester par une fatigue durable, une perte de capacités physiques ou encore des troubles de la mémoire et de l’attention. L’âge biologique, qui reflète certains changements accumulés dans les cellules, peut ainsi être supérieur à l’âge réel de la personne.
Pour déterminer si l’activité physique pouvait modifier cette évolution, les scientifiques ont analysé les données de 124 femmes ayant reçu un diagnostic de cancer du sein au cours des cinq années précédentes et qui étaient initialement peu actives. Une partie des participantes a suivi un programme d’exercice pendant douze mois, avec un accompagnement à distance, des conseils réguliers et un suivi de leur activité. Les autres ont bénéficié d’un programme d’information consacré à la santé et au bien-être.
Des prélèvements sanguins et des évaluations des capacités cognitives ont été réalisés au début de l’étude, puis après six et douze mois. Les chercheurs ont notamment utilisé des indicateurs biologiques fondés sur des modifications chimiques de l’ADN, qui permettent d’estimer certains aspects du vieillissement cellulaire.
Les résultats ont révélé une différence entre les deux groupes. Chez les femmes ayant suivi le programme d’activité physique, deux indicateurs du vieillissement biologique ont évolué plus lentement que chez celles du groupe de comparaison. Les chercheurs ont notamment observé un ralentissement marqué au cours des six premiers mois, suggérant que l’exercice régulier pourrait influencer certains processus associés au vieillissement après un cancer du sein.
L’étude apporte également des informations intéressantes concernant les capacités intellectuelles. Les femmes présentant un vieillissement biologique plus rapide avaient davantage tendance à connaître une dégradation de certaines fonctions cognitives, notamment l’attention et la perception de leurs propres capacités de concentration et de mémoire. Cette association apparaissait moins nettement parmi les participantes ayant pratiqué une activité physique régulière.
Ces observations sont particulièrement importantes dans le suivi des patientes atteintes d’un cancer du sein. Certaines femmes continuent, après les traitements, à éprouver des difficultés à se concentrer, à retenir des informations ou à accomplir certaines tâches quotidiennes. Longtemps considérés comme des conséquences secondaires de la maladie, ces troubles font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante de la recherche médicale.
L’un des enseignements de cette étude réside dans la nature même du programme proposé. Les participantes n’ont pas eu besoin de suivre un entraînement sportif intensif dans un centre spécialisé. L’accompagnement reposait principalement sur des objectifs d’activité adaptés, un suivi à distance et des encouragements réguliers. Cette approche laisse entrevoir des possibilités intéressantes pour intégrer davantage le mouvement dans le parcours de récupération des patientes, y compris lorsque l’accès à des structures de rééducation spécialisées est limité.
Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence. L’étude porte sur un nombre relativement restreint de participantes et constitue une analyse secondaire d’un essai clinique. Les différences observées concernent des marqueurs biologiques du vieillissement et ne signifient pas que l’exercice permet de rajeunir l’organisme ou d’effacer les conséquences des traitements. De même, les chercheurs n’ont pas démontré que ce ralentissement biologique se traduisait par une augmentation de l’espérance de vie ou une diminution du risque de récidive du cancer.
Ces travaux renforcent toutefois l’intérêt d’une prise en charge qui ne s’arrête pas à la disparition de la maladie. Après un cancer du sein, la récupération physique, le bien-être psychologique et le maintien des capacités cognitives constituent également des enjeux essentiels. L’activité physique, adaptée à l’état de santé de chaque patiente et aux recommandations de son équipe soignante, pourrait occuper une place plus importante dans cet accompagnement.
Au-delà des progrès réalisés dans le dépistage et les traitements, cette recherche rappelle ainsi une dimension fondamentale de la lutte contre le cancer : permettre aux femmes qui ont traversé la maladie de retrouver, autant que possible, leurs capacités et leur qualité de vie.
Amina Azoune