Le dépistage précoce et les progrès thérapeutiques occupent naturellement le devant de la scène dans la lutte contre le cancer du sein. Mais pour la Pr Keltoum Messahli, cheffe du service de médecine légale au CHU de Blida, une autre question mérite autant d’attention : celle de la relation entre la patiente et l’équipe soignante. Information, consentement, confiance et égalité d’accès aux soins constituent, selon elle, des éléments essentiels d’une prise en charge de qualité.
À l’occasion des journées de sensibilisation et de dépistage précoce du cancer du sein organisées les 28 et 29 septembre 2026 à la Maison de la presse Tahar-Djaout, la Pr Keltoum Messahli a choisi d’aborder un aspect souvent moins visible que les examens, la chirurgie ou les traitements : la dimension éthique du parcours de soins.
Interrogée par Esseha, la cheffe du service de médecine légale au CHU de Blida rappelle qu’une patiente ne peut être considérée comme une simple destinataire de décisions médicales. Elle doit être informée, comprendre ce qui lui est proposé et pouvoir participer aux choix qui concernent sa santé.
Dans le cancer du sein, cette exigence prend une importance particulière au moment de l’annonce du diagnostic et de la présentation des différentes options thérapeutiques. Le médecin doit expliquer la nature de la maladie, les traitements envisagés, leurs bénéfices attendus, leurs risques éventuels et les alternatives lorsqu’elles existent. C’est sur cette base que peut se construire un consentement réel.
Pour la Pr Messahli, ce consentement ne saurait se réduire à un document à signer avant un acte médical. Il doit être le résultat d’un échange compréhensible et suffisamment complet pour permettre à la patiente de décider en connaissance de cause. Autrement dit, la signature n’est que l’aboutissement d’un processus d’information, et non son substitut.
La confiance occupe, dans cette relation, une place centrale. La spécialiste souligne qu’elle ne peut pas être exigée de la patiente : elle doit être gagnée par le soignant. Une femme qui hésite face à un traitement, qui exprime des craintes ou qui envisage de l’interrompre ne doit pas être considérée d’emblée comme réfractaire. Son attitude peut aussi révéler une information insuffisante, une peur mal prise en charge ou une relation de soins qui n’a pas permis d’établir la confiance nécessaire.
Cette question est loin d’être secondaire. Face au cancer, les décisions sont souvent lourdes de conséquences et peuvent toucher à l’intégrité physique, à l’image du corps et à la vie personnelle de la patiente. Plus l’information est claire et adaptée, plus celle-ci peut comprendre les enjeux et participer véritablement à son parcours thérapeutique.
La Pr Messahli insiste aussi sur le fait que cette responsabilité ne repose pas uniquement sur le médecin. L’ensemble de l’équipe soignante est concerné : médecins, infirmiers et autres professionnels doivent contribuer à une prise en charge cohérente, respectueuse et continue. Le soin ne se limite pas à l’acte technique ; il inclut l’écoute, l’accompagnement et la capacité à répondre aux interrogations de la patiente.
Autre point mis en avant par la spécialiste : l’équité. Toutes les patientes, quelles que soient leur situation sociale, leur âge ou leurs conditions de vie, doivent pouvoir bénéficier d’une même qualité de soins. Dans le cancer du sein, cette exigence est d’autant plus importante que les inégalités d’accès au dépistage, au diagnostic ou au suivi peuvent retarder la prise en charge et réduire les possibilités thérapeutiques.
Le message prend tout son sens dans le cadre de ces journées organisées au profit des femmes journalistes et des travailleuses du secteur de la communication. La sensibilisation ne vise pas seulement à convaincre davantage de femmes de se faire dépister. Elle doit aussi permettre de mieux comprendre ce qui se passe après un éventuel diagnostic et quels sont les droits de la patiente tout au long de son parcours.
Organisées par la direction de la Maison de la presse Tahar-Djaout et le journal électronique Esseha.dz, sous le parrainage des ministères de la Communication et de la Santé, les journées des 28 et 29 septembre associent ainsi dépistage, information et échanges avec des spécialistes de différents domaines.
À travers son intervention, la Pr Keltoum Messahli rappelle finalement une évidence souvent éclipsée par le discours sur les performances médicales : bien soigner ne consiste pas seulement à disposer du bon traitement. Cela suppose aussi de respecter la patiente, de l’informer correctement, d’obtenir son consentement et de construire avec elle une relation suffisamment solide pour qu’elle puisse avancer dans son parcours de soins en confiance.
Tinhinane B