Longtemps reléguée au second plan derrière d’autres nutriments plus médiatisés, la vitamine B6 – ou pyridoxine – joue pourtant un rôle fondamental dans le bon fonctionnement de l’organisme. « Elle intervient dans le métabolisme des protéines, des glucides et des lipides, mais aussi dans la production des neurotransmetteurs et la formation des globules rouges », expliquent les nutritionnistes. À ce titre, une carence, même modérée, peut entraîner des troubles multiples, souvent banalisés, mais parfois sérieux.
Présente naturellement dans de nombreux aliments – viandes, poissons, céréales complètes, légumineuses, pommes de terre, avocats, bananes et fruits secs –, la vitamine B6 est généralement apportée en quantité suffisante par une alimentation équilibrée. Les spécialistes de la nutrition rappellent ainsi qu’un déficit est relativement rare dans les pays où la diversité alimentaire est accessible. Il peut toutefois survenir dans certaines situations bien identifiées : troubles digestifs chroniques limitant l’absorption des nutriments, consommation excessive d’alcool, prise prolongée de certains médicaments, régimes très restrictifs ou vieillissement.
Les médecins soulignent que les manifestations d’une carence sont souvent progressives et hétérogènes. Sur le plan cutané, elle peut se traduire par des éruptions squameuses, notamment sur le visage, des fissures douloureuses aux commissures des lèvres, des inflammations de la bouche et une langue rouge et sensible. Des troubles digestifs, comme des diarrhées ou des nausées récurrentes, peuvent également apparaître.
Sur le plan général, les hématologues précisent que le manque de vitamine B6 perturbe la production de l’hémoglobine, entraînant une forme d’anémie. Celle-ci se manifeste par une fatigue persistante, une sensation de faiblesse, des étourdissements et des difficultés de concentration. Les neurologues, pour leur part, rappellent que cette vitamine est impliquée dans la synthèse des neurotransmetteurs : son déficit peut donc favoriser des changements d’humeur, une irritabilité inhabituelle, de l’anxiété ou des états dépressifs.
Le système immunitaire n’est pas épargné. Selon les immunologistes, une carence en vitamine B6 réduit la production des anticorps et de certains globules blancs, rendant l’organisme plus vulnérable aux infections. Chez les nourrissons et les jeunes enfants, les pédiatres observent que les déficits marqués peuvent se manifester par des tremblements, des spasmes ou des troubles moteurs, qui régressent généralement après correction de l’apport.
Le diagnostic repose, selon les médecins, sur l’analyse des symptômes, de l’alimentation et du contexte médical, parfois complétée par des examens biologiques. La prise en charge consiste à traiter la cause du déficit et à augmenter l’apport en vitamine B6, d’abord par l’alimentation, puis, si nécessaire, par une supplémentation encadrée.
Dans la grande majorité des cas, les experts estiment qu’une alimentation variée suffit à prévenir ce manque. Mais chez les personnes à risque, la vigilance est de mise. Car derrière des signes apparemment anodins peut se cacher un déséquilibre nutritionnel capable, à terme, d’altérer durablement la qualité de vie.
Ouiza Lataman