Ni les épinards ni les carottes ne trouvent grâce à leurs yeux, mais devant un cheeseburger dégoulinant, les frites croustillantes, les barres chocolatées ou une canette de soda, leur cerveau s’illumine. Derrière ces comportements alimentaires bien connus des parents se cache une réalité bien plus profonde que le simple caprice : une différence dans le fonctionnement même du cerveau. C’est ce que révèle une étude publiée le 18 juillet 2025 dans la revue Scientific Reports (groupe Nature), menée par une équipe dirigée par les chercheuses Sarah A. Duck, Elena Jansen et Susan Carnell, de l’université Johns Hopkins.
L’étude s’est penchée sur ce que les neurosciences appellent la “food fussiness” — cette tendance marquée à être difficile ou sélectif avec la nourriture — chez les adolescents. Grâce à l’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle), les chercheurs ont observé les réactions neuronales de plusieurs dizaines de jeunes face à trois types d’images : des aliments riches (comme les sucreries ou les aliments gras), des fruits et légumes, et des objets sans rapport avec la nourriture.
Le résultat est saisissant : plus un adolescent est difficile, plus son cerveau réagit intensément aux aliments caloriques. Chez ces jeunes, on observe une forte activation de zones cérébrales liées à la récompense et à l’émotion, comme le cervelet, le putamen ou le gyrus orbital. En d’autres termes, les aliments gras et sucrés “parlent” davantage à leur cerveau, en déclenchant une réponse émotionnelle et motivationnelle plus forte.
À l’inverse, face à des images de fruits et légumes, les cerveaux des adolescents les plus “fussiaux” restent largement indifférents. Moins d’activation dans les régions sensori-motrices ou pariétales : ces aliments n’éveillent ni envie, ni attention. Ils deviennent presque invisibles sur le plan neuronal.
Cette étude met en lumière une véritable signature cérébrale de la sélectivité alimentaire. Ce n’est donc pas seulement une question d’éducation ou d’habitude, mais aussi de câblage neuronal : certains adolescents sont littéralement “programmés” pour répondre avec plus d’intensité aux aliments riches, et avec moins d’intérêt aux produits sains.
Pour les auteurs, ces résultats ouvrent des pistes inédites en matière de prévention et d’éducation nutritionnelle. Plutôt que de moraliser les comportements ou de forcer les goûts, il s’agirait de reprogrammer les circuits de récompense, en valorisant différemment les aliments sains, ou en jouant sur leur présentation, leur contexte ou leur valorisation sensorielle.
En creux, l’étude rappelle que l’environnement alimentaire ultra-transformé, saturé de stimuli visuels et émotionnels, trouve un terrain particulièrement réceptif chez les adolescents les plus sensibles à ces signaux. Comprendre le cerveau, c’est aussi comprendre pourquoi certains choix alimentaires s’imposent si puissamment… et pourquoi y résister demande un effort presque contre-nature.
Ouiza Lataman