Conférence internationale du CNOP : l’Algérie accélère sa stratégie de souveraineté sanitaire

Le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudène a présidé, lundi 5 octobre 2026 à l’hôtel Sheraton d’Alger, l’ouverture de la deuxième édition de la conférence internationale du CNOP, organisée par le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) sous le thème « Souveraineté nationale, ouverture africaine pour une santé durable ». La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri, de députés et membres des deux chambres du Parlement, du président de l’instance africaine des organismes pharmaceutiques, ainsi que d’ambassadeurs, de représentants du corps diplomatique et des organismes onusiens, d’universitaires, d’experts et de professionnels de santé algériens et étrangers.

Dans son allocution, le ministre de la Santé a souligné que le thème retenu pour cette deuxième édition dépasse le seul cadre de l’exercice pharmaceutique pour toucher aux enjeux liés à la sécurité sanitaire nationale et à l’avenir du système de santé dans son environnement africain. Il a expliqué que la souveraineté sanitaire repose notamment sur la capacité d’un pays à identifier ses besoins, à les planifier et à les sécuriser, à diversifier ses sources d’approvisionnement, à développer ses capacités nationales, à garantir la qualité des produits de santé et à fonder la décision sanitaire sur des données précises et fiables.

Le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudène a également insisté sur le fait que la construction de cette souveraineté ne signifie pas le repli sur soi. Elle doit, au contraire, s’accompagner d’une ouverture active et maîtrisée sur l’environnement régional, particulièrement africain. Celle-ci passe par l’échange d’expériences, le développement des compétences, la promotion de la recherche scientifique et le renforcement de la coopération dans les domaines de la réglementation, du contrôle et de la production pharmaceutique, afin de contribuer à la construction de capacités sanitaires communes à l’échelle du continent, conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

Le ministre a, par ailleurs, mis en avant la place centrale de la pharmacie dans le système de santé et la nécessité d’anticiper l’évolution de la profession au regard des transformations que connaît le secteur en Algérie. Il a relevé que le rôle du pharmacien ne se limite plus à la délivrance des médicaments, mais qu’il est désormais directement lié à la sécurité du patient, au bon usage des produits pharmaceutiques, à la qualité des soins ainsi qu’à la prévention et à la sensibilisation.

À ce titre, les différentes branches de la profession contribuent de manière complémentaire à la prise en charge du patient. Le pharmacien d’officine participe aux soins de santé primaires, à l’accompagnement du malade et au bon usage du médicament. Le pharmacien hospitalier joue, pour sa part, un rôle essentiel dans la gestion des médicaments au sein des établissements de santé et dans la continuité de leur disponibilité. Il intervient notamment dans l’identification des besoins, la planification des acquisitions, le suivi de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution, ainsi que dans la garantie de la qualité et de la sécurité des produits et dans la rationalisation de leur utilisation.

Le pharmacien biologiste contribue également au diagnostic à travers la précision et la fiabilité des analyses, tandis que le pharmacien exerçant dans l’industrie pharmaceutique constitue un acteur important du développement de la production nationale, de la recherche, de l’innovation et de la garantie de la qualité des produits.

Selon le ministre, l’ensemble de ces missions convergent vers un objectif commun : assurer une prise en charge optimale du patient et lui garantir, au moment opportun, un accès à des produits de santé sûrs, efficaces et de qualité.

Dans cette perspective, le ministère de la Santé poursuit la modernisation du cadre réglementaire régissant la profession afin de l’adapter à l’évolution des pratiques et de renforcer la responsabilité du pharmacien. Le ministre a indiqué qu’un projet de décret exécutif fixant les conditions et les modalités de prescription des produits pharmaceutiques a été élaboré par son département, approuvé par le Conseil des ministres et se trouve actuellement au stade de finalisation des procédures précédant sa publication au Journal officiel. Ce texte doit permettre de disposer d’un cadre plus clair en matière de prescription, de délivrance et de rationalisation de l’utilisation des médicaments.

Le ministère a également élaboré, en coordination avec les secteurs et organismes concernés, un projet de décret exécutif définissant les caractéristiques techniques des compléments alimentaires destinés à la médecine humaine. Approuvé lui aussi par le Conseil des ministres, ce texte est actuellement en cours de publication au Journal officiel.

Le projet prévoit notamment que la délivrance de ces produits soit exclusivement assurée par le pharmacien. Cette disposition vise à mieux orienter le consommateur vers un usage approprié, à renforcer la sécurité et la qualité des compléments alimentaires et à réduire les risques liés à leur utilisation anarchique ou excessive. Elle constitue également, selon le ministre, une étape importante dans la mise en place d’un cadre national moderne pour l’encadrement de ces produits, en cohérence avec les références et normes internationales et dans une logique de protection du consommateur.

Abordant la planification sanitaire, le ministre de la Santé a souligné qu’un système de santé efficace et durable nécessite une connaissance précise des besoins sanitaires et de leur répartition sur l’ensemble du territoire national. Dans ce cadre, le ministère prévoit la mise en place et le développement d’une carte sanitaire nationale, qui fera l’objet d’une actualisation régulière afin d’adapter l’offre de soins aux besoins réels de la population, de rapprocher les services de santé des citoyens et de renforcer l’équité territoriale dans leur répartition.

Cette carte sanitaire couvrira les différentes composantes du secteur, notamment le réseau des pharmacies et les laboratoires d’analyses médicales, considérés comme des structures essentielles de proximité. Elle devra également servir d’outil pour orienter la répartition équilibrée des capacités sanitaires nationales, qu’il s’agisse des équipements médicaux ou des ressources humaines, en fonction des besoins propres à chaque région. L’objectif est d’améliorer la qualité des soins et de garantir un accès équitable aux services de santé sur l’ensemble du territoire national.

Cette approche doit favoriser le passage à une planification sanitaire intégrée et fondée sur les données, permettant d’anticiper les besoins, d’optimiser la répartition des ressources, d’améliorer la rentabilité des investissements dans le secteur et de renforcer la prise de décision, au service de l’efficacité et de la durabilité du système de santé.

Le processus de transformation numérique du secteur a également été évoqué. Le ministre a indiqué que le système de santé avait enregistré des avancées importantes dans ce domaine, notamment à travers le développement de plateformes nationales destinées à la gestion de plusieurs activités aux niveaux central et local. Parmi ces outils figure le dossier médical électronique, réalisé avec des compétences et des moyens algériens, ainsi qu’une plateforme nationale dédiée à la gestion des équipements médicaux, au suivi du parc national et à sa maintenance.

Parallèlement, la sécurité du médicament demeure l’un des principaux piliers de la souveraineté sanitaire. Dans ce domaine, l’État poursuit son soutien à l’industrie pharmaceutique nationale, avec pour objectifs d’élargir et de diversifier la base de production, d’encourager l’investissement et le transfert de technologie et de développer les compétences. Cette démarche vise à renforcer la capacité du pays à répondre à ses besoins nationaux et à réduire les vulnérabilités au niveau des chaînes d’approvisionnement.

En conclusion, le ministre de la Santé a estimé que l’avenir de la pharmacie dépendra de la capacité à conjuguer la science et la responsabilité professionnelle, l’innovation et la gouvernance, ainsi que les capacités nationales et l’ouverture sur l’environnement extérieur.

Il a renouvelé, à cette occasion, la reconnaissance du ministère de la Santé à l’ensemble des pharmaciens, qu’ils exercent dans les officines, les établissements de santé, les laboratoires de biologie médicale ou dans les autres domaines de la pratique pharmaceutique. Il a assuré que son département poursuivra, en coordination avec les organisations professionnelles et scientifiques, ses efforts pour développer la profession et renforcer la contribution du pharmacien à la qualité et à la sécurité de la prise en charge des patients ainsi qu’à la réalisation des objectifs de santé publique.

La deuxième conférence internationale du CNOP se veut ainsi un espace de réflexion sur l’avenir de la profession, mais également sur la responsabilité collective des différents acteurs à l’égard du système de santé et de son évolution.

Nouhad Ourebzani