En marge des travaux du Symposium de lancement des prothèses auditives REXTON, organisé par Celluloplast Production, Esseha a rencontré le Pr Fayçal Chettibi, chef de service ORL au CHU de Kouba et animateur de cette rencontre scientifique. L’occasion de faire le point sur les enjeux majeurs liés à la surdité en Algérie, aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant.
D’emblée, le Pr Chettibi rappelle que la surdité constitue aujourd’hui un véritable problème de santé publique. « La surdité représente un fardeau pour la société notamment dans un contexte de vieillissement de la population, conséquence directe de l’amélioration du système de santé », explique-t-il. Cette évolution s’accompagne d’une augmentation des cas de presbyacousie chez les personnes âgées, avec des répercussions importantes sur leur quotidien.
Le spécialiste a insisté sur les conséquences sociales et psychologiques de la perte auditive : « Il y a une réelle problématique d’insertion sociale, un retentissement sur la vie de tous les jours, un isolement su sujet âgé ». Une situation qui impose, selon lui, une prise en charge adaptée le plus souvent à travers l’appareillage auditif. Cette réhabilitation permet non seulement d’améliorer l’audition mais aussi de préserver les capacités cognitives. « Bien entendre permet de réduire le vieillissement neuronal de 8 années et de limiter le déclin cognitif », souligne-t-il, ajoutant que cela favorise l’autonomie et évite le recours à une tierce personne. « C’est capital et fondamental pour la réinsertion du sujet âgé ».
Chez l’enfant, l’enjeu est tout aussi crucial, voire plus urgent. « La surdité a un impact néfaste sur le langage, et qui dit langage dit sociabilisation mais aussi scolarité », précise le Pr Chettibi. D’où l’importance d’un dépistage et d’une prise en charge rapide, afin de préserver au maximum la fonction auditive et le développement global de l’enfant.
Sur le plan des équipements, le chef de service ORL se veut rassurant. « Le marché algérien dispose aujourd’hui d’équipements récents et performants, capables de prendre en charge des surdités sévères à profondes », affirme-t-il. Il note également une avancée significative dans le domaine des implants cochléaires : après 4 ou 5 années de ralentissement, les centres spécialisés ont renoué avec cette activité, ce qui devrait soulager de nombreux patients, en particulier dans la population pédiatrique.
Pour conclure, le Pr Chettibi insiste sur la nécessité de changer le regard porté sur l’appareillage auditif. « Chez nous, le port d’appareillage est encore mal perçu par l’entourage », regrette-t-il, appelant à davantage d’information et de sensibilisation. Il rappelle enfin que la prise en charge de la surdité ne relève pas uniquement de l’ORL : « C’est une prise en charge pluridisciplinaire, basée sur un trépied essentiel : ORL, audioprothésiste et orthophoniste ».
Un message clair, qui met en lumière l’importance d’une approche globale et coordonnée pour améliorer durablement la qualité de vie des personnes malentendantes.
Hassina Amrouni