Épilepsie myoclonique progressive : une mutation inédite du gène NUS1 ouvre une piste thérapeutique inattendue

Une équipe de chercheurs européens vient d’élargir le champ des connaissances sur une maladie neurologique rare et sévère : l’épilepsie myoclonique progressive (EMP). Publiée en 2025 dans la revue scientifique Frontiers in Genetics, leur étude décrit l’identification d’une nouvelle mutation du gène NUS1 chez une patiente adulte et explore, de manière encore préliminaire, l’intérêt potentiel de la metformine, un médicament bien connu en diabétologie, comme option thérapeutique complémentaire.

L’épilepsie myoclonique progressive regroupe un ensemble de maladies génétiques caractérisées par l’association de crises d’épilepsie, de myoclonies — ces secousses musculaires brèves et involontaires — et d’un déclin neurologique plus ou moins marqué. Ces affections restent rares, souvent difficiles à diagnostiquer et encore plus à traiter, les options thérapeutiques étant principalement symptomatiques.

Dans le cas rapporté, les chercheurs décrivent une patiente de 41 ans présentant depuis l’enfance des troubles moteurs progressifs, des myoclonies, des tremblements et des difficultés du langage. À l’adolescence sont apparues des crises d’absence, puis, à l’âge adulte, des troubles psychiatriques sévères comprenant hallucinations et idées délirantes. Devant la complexité et l’évolution inhabituelle du tableau clinique, un séquençage de l’exome entier a été réalisé. Il a permis d’identifier une variante génétique jusqu’alors non décrite du gène NUS1, entraînant une altération majeure de la protéine correspondante.

Le gène NUS1 joue un rôle clé dans des mécanismes cellulaires fondamentaux, notamment la glycosylation des protéines, un processus indispensable au bon fonctionnement neuronal. Jusqu’ici, les mutations de ce gène avaient été associées à divers troubles neurologiques, mais les données restaient limitées et hétérogènes. En documentant précisément ce nouveau cas, les auteurs contribuent à élargir le spectre clinique des atteintes liées à NUS1, confirmant que ces anomalies peuvent s’inscrire dans le cadre d’une épilepsie myoclonique progressive avec manifestations psychiatriques marquées.

Au-delà du diagnostic génétique, l’étude se distingue par une tentative thérapeutique exploratoire. Les cliniciens ont introduit la metformine, un médicament classiquement utilisé dans le traitement du diabète de type 2, déjà évoqué dans d’autres maladies neurogénétiques rares en raison de ses effets potentiels sur le métabolisme cellulaire et le stress oxydatif. Après un an de suivi, l’évolution s’est révélée contrastée : les symptômes psychiatriques se sont nettement améliorés, tandis que les manifestations neurologiques sont restées globalement stables, sans disparition complète des crises. Aucun effet indésirable majeur n’a été observé.

Les auteurs restent prudents. L’amélioration clinique ne peut être attribuée avec certitude à la seule metformine, d’autant que des ajustements concomitants du traitement psychiatrique ont été réalisés. Il ne s’agit que d’un cas isolé, qui ne permet pas de tirer des conclusions définitives. Néanmoins, cette observation ouvre une voie de recherche intéressante : celle du repositionnement de molécules existantes dans des maladies neurologiques rares pour lesquelles les options thérapeutiques sont limitées.

Au-delà de la singularité de cette patiente, l’enjeu est plus large. Dans le champ des maladies rares, chaque nouvelle mutation identifiée contribue à affiner les diagnostics, à mieux comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents et, parfois, à faire émerger des pistes thérapeutiques inattendues. Cette étude illustre ainsi la double révolution en cours en neurologie : celle de la génétique de précision et celle du repositionnement thérapeutique, deux approches qui, combinées, pourraient transformer la prise en charge de pathologies longtemps restées sans solution.

Nouhad Ourebzani