Fièvre chez le nourrisson : une prise de sang pourrait aider à distinguer infection bactérienne et virale

Chez un nourrisson de moins de trois mois, une fièvre n’est jamais considérée comme anodine. À cet âge, la difficulté pour les médecins est de déterminer rapidement si l’enfant souffre d’une infection bactérienne potentiellement grave ou d’une infection virale, souvent moins préoccupante. Une petite étude menée en Italie suggère qu’une analyse sanguine fondée sur la réponse du système immunitaire pourrait, à terme, aider à faire cette distinction plus rapidement.

Les travaux ont porté sur 60 nourrissons pris en charge aux urgences pédiatriques de l’Institut Giannina Gaslini, à Gênes. Les chercheurs se sont intéressés à deux marqueurs présents à la surface de cellules du système immunitaire. Le premier, appelé CD64, tend à augmenter lors d’infections bactériennes. Le second, CD169, est davantage associé à la réponse de l’organisme face aux infections virales.

Plutôt que d’interpréter ces deux marqueurs séparément, les chercheurs ont calculé leur rapport. C’est cette combinaison qui a permis de distinguer, dans cette première série de patients, les nourrissons atteints d’une infection bactérienne de ceux présentant une infection virale. Les résultats annoncés sont particulièrement encourageants : le test a identifié l’ensemble des cas bactériens observés dans l’étude, tout en limitant fortement les faux positifs.

L’intérêt potentiel d’un tel outil est loin d’être théorique. Chez les très jeunes enfants, les premiers signes d’une infection grave peuvent être discrets et peu spécifiques. Une fièvre, une baisse de l’alimentation ou un changement de comportement peuvent suffire à alerter, sans pour autant permettre de connaître immédiatement l’origine de l’infection.

Dans ce contexte, les médecins préfèrent souvent agir avec prudence. Certains nourrissons sont hospitalisés, soumis à plusieurs examens ou reçoivent des antibiotiques avant même que l’origine bactérienne de leur infection ne soit confirmée. Cette stratégie de sécurité est compréhensible, car manquer une infection bactérienne sévère à cet âge peut avoir des conséquences graves.

Un test capable d’orienter plus rapidement le diagnostic pourrait donc aider à mieux cibler les enfants qui ont réellement besoin d’un traitement antibiotique et, à l’inverse, éviter certains traitements ou examens inutiles lorsque l’infection est probablement virale. L’enjeu concerne aussi la lutte contre l’antibiorésistance, l’usage excessif ou inadapté des antibiotiques favorisant l’émergence de bactéries résistantes.

Mais ces premiers résultats doivent être interprétés avec prudence. L’étude porte sur un nombre limité de nourrissons et la technique utilisée repose actuellement sur la cytométrie en flux, un procédé qui nécessite un équipement spécialisé et n’est pas encore adapté à un test rapide disponible partout aux urgences.

Les chercheurs prévoient désormais d’évaluer cette approche sur plusieurs centaines de nourrissons dans le cadre d’une étude multicentrique. Il faudra notamment vérifier si les performances observées se confirment à plus grande échelle et si la méthode peut être simplifiée pour devenir plus rapide, moins coûteuse et facilement accessible.

La piste reste donc expérimentale, mais elle répond à une difficulté bien connue en pédiatrie d’urgence : distinguer le plus tôt possible une infection bactérienne grave d’une infection virale chez un nourrisson fébrile. Si elle est confirmée, cette approche pourrait permettre une prise en charge plus précise, tout en évitant une partie des traitements et examens réalisés aujourd’hui par précaution.

Ouiza Lataman