Hantavirus : le Pr Mourad Ouali appelle au calme et démonte le scénario d’une “nouvelle pandémie”

L’apparition récente de plusieurs cas de hantavirus liés au navire de croisière MV Hondius a provoqué une vague d’inquiétude à travers le monde, alimentée par les réseaux sociaux et certains discours alarmistes évoquant déjà un possible “nouveau COVID”. Face à cette montée des craintes, le Pr Mourad Ouali, chef du service de réanimation polyvalente au CHU Mustapha Pacha, a publié une contribution scientifique destinée à éclairer le grand public sur la réalité de cette infection virale encore méconnue.

Dans cette synthèse fondée sur les données de l’Organisation mondiale de la santé, du Centers for Disease Control and Prevention américain et du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, le spécialiste rappelle d’abord que le hantavirus n’est pas un “nouveau virus”, mais une famille de virus connue depuis plusieurs décennies et transmise principalement par certains rongeurs sauvages.

Le Pr Ouali explique que la contamination humaine survient généralement après inhalation d’aérosols contaminés par les urines, les excréments ou la salive de rongeurs infectés. Contrairement aux idées véhiculées ces derniers jours, la transmission interhumaine demeure extrêmement rare. À ce jour, seule la souche dite “Andes”, identifiée en Amérique du Sud, a démontré une capacité limitée de transmission entre humains lors de contacts étroits et prolongés.

L’alerte actuelle concerne précisément cette souche Andes, détectée chez plusieurs passagers du navire MV Hondius. Selon les données les plus récentes communiquées par les agences sanitaires internationales, plusieurs cas confirmés et plusieurs décès ont été recensés, tandis que les passagers continuent d’être suivis médicalement après leur débarquement aux Canaries.

Malgré la gravité de certains cas, les autorités sanitaires internationales restent rassurantes. L’OMS estime actuellement que le risque pour la population générale demeure “faible”, tandis que le CDC américain parle d’un risque “extrêmement bas” pour le grand public.

Le tableau clinique du hantavirus peut débuter comme une grippe sévère avec fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, céphalées, nausées ou douleurs abdominales. Dans les formes les plus graves, l’infection évolue vers une atteinte pulmonaire sévère avec détresse respiratoire aiguë, voire une atteinte rénale selon les souches virales.

Le chef de service du CHU Mustapha insiste particulièrement sur la mortalité élevée des formes pulmonaires sévères, qui peut dépasser 30 à 40 %, ce qui rend le diagnostic précoce et la prise en charge en réanimation absolument essentiels. En revanche, il rappelle qu’aucun traitement antiviral spécifique validé ni vaccin largement disponible n’existent actuellement. La prise en charge repose principalement sur les soins de support et la réanimation intensive dans les cas critiques.

Dans sa contribution, le Pr Ouali souligne également l’importance des mesures de prévention simples mais efficaces : lutte contre les rongeurs, évitement des espaces infestés et mal ventilés, nettoyage sécurisé des zones contaminées, hygiène rigoureuse des mains et port de protections respiratoires adaptées lors du nettoyage de locaux fermés susceptibles d’être contaminés.

Le spécialiste conclut enfin par un message destiné à calmer les inquiétudes : à ce stade, aucune donnée scientifique ne soutient l’hypothèse d’une pandémie comparable à celle du COVID-19. Les grandes agences sanitaires internationales continuent de surveiller étroitement la situation, tout en affirmant que le risque de diffusion massive dans la population reste actuellement très faible.

Tinhinane B