Depuis plus de trois décennies, Hikma Pharma, filiale algérienne de la multinationale pharmaceutique cotée à la Bourse de Londres, occupe une position établie dans le paysage pharmaceutique algérien. Présente en Algérie depuis 1994, l’entreprise a progressivement évolué d’un rôle centré sur l’importation de produits pharmaceutiques vers une activité industrielle locale structurée. Elle dispose aujourd’hui de quatre usines de production sur le territoire national et d’un portefeuille de plus de 114 médicaments couvrant plusieurs classes thérapeutiques.
Au cours de la seconde moitié de la décennie 2020, une étape supplémentaire a été franchie avec l’inauguration, en juin 2025, d’une unité de production de médicaments injectables à Staoueli, à l’ouest d’Alger, développée en partenariat avec la filiale portugaise du groupe. Cette installation marque une extension des capacités industrielles de Hikma en Algérie et constitue sa première unité d’injectables dans la région Afrique du Nord–Moyen-Orient (MENA) en dehors de ses sites européens et américains.
L’usine, dont l’investissement est estimé à environ 30 millions de dollars, comprend deux lignes de production capables de fabriquer jusqu’à dix millions d’ampoules par an. Elle est destinée à la production de médicaments injectables couramment utilisés en milieu hospitalier, notamment des antibiotiques, des anesthésiques et des traitements relevant des pathologies gastro-intestinales et cardiovasculaires.
Ce projet s’inscrit dans une double dynamique. Il vise, d’une part, à réduire la dépendance aux importations de formes injectables utilisées dans les hôpitaux et les services de soins intensifs et, d’autre part, à intégrer progressivement l’Algérie dans des segments industriels nécessitant des exigences techniques et réglementaires plus élevées.
Cette nouvelle unité ne constitue toutefois pas une rupture avec l’existant, mais s’ajoute à un dispositif industriel déjà en place. Avant 2025, Hikma exploitait plusieurs sites spécialisés : une usine de formulation générale, une unité dédiée à la pénicilline, une autre aux céphalosporines, ainsi qu’une usine consacrée aux médicaments oncologiques oraux, ouverte en 2021. Cette dernière représente la première installation industrielle spécialisée en oncologie mise en service en Algérie.
Sur le plan économique, l’ensemble de ces capacités place Hikma parmi les acteurs pharmaceutiques industriels significatifs du marché algérien, avec une part estimée à environ 6 % des ventes nationales de médicaments. L’entreprise figure régulièrement parmi les principaux laboratoires multinationaux implantés dans le pays, combinant production locale et offre thérapeutique diversifiée.
Sur le plan sanitaire, l’impact attendu concerne principalement la disponibilité des médicaments injectables essentiels. Leur production locale peut contribuer à améliorer la continuité des approvisionnements hospitaliers, notamment pour les traitements d’urgence et les soins critiques, dans un contexte marqué par la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement internationales.
Au-delà de ses effets immédiats, ce projet envoie un signal mesuré aux pouvoirs publics et aux acteurs du secteur. Il illustre une approche progressive de localisation industrielle dans un domaine historiquement dépendant des importations, tout en mettant en évidence la nécessité de consolider les maillons amont et aval de la chaîne de valeur.
Enfin, l’intérêt de ce type d’investissement dépasse les seules capacités de production. Il concerne également la formation de compétences techniques, la création d’emplois qualifiés et la structuration de fournisseurs locaux. Si l’évaluation de son impact global nécessitera du recul, la mise en service de cette usine s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation de l’industrie pharmaceutique en Algérie, encore en phase de maturation.
Tinhinane B