Utilisée depuis des décennies dans la prise en charge de plusieurs maladies auto-immunes, l’hydroxychloroquine reste un pilier thérapeutique pour de nombreux patients. Mais derrière ce médicament réputé efficace et globalement bien toléré se cache un risque rare mais sérieux : une toxicité oculaire pouvant entraîner des lésions irréversibles de la rétine si elle n’est pas détectée à temps.
C’est le principal message d’une revue scientifique approfondie publiée dans The Journal of Rheumatology, qui passe en revue l’ensemble des connaissances actuelles sur la toxicité oculaire liée à cette molécule. Les auteurs y rappellent que si la complication demeure peu fréquente, son caractère insidieux impose une vigilance constante de la part des médecins et des patients.
La complication la plus redoutée est la rétinopathie toxique, une atteinte progressive des cellules de la rétine impliquées dans la vision centrale. Le problème, soulignent les chercheurs, est que cette toxicité peut évoluer pendant longtemps sans provoquer de symptômes perceptibles. Lorsque les troubles visuels apparaissent — difficultés de lecture, vision floue, déformation des images ou apparition de zones sombres dans le champ visuel — les lésions rétiniennes peuvent déjà être avancées.
Dans les formes tardives, l’examen du fond d’œil révèle parfois un aspect caractéristique appelé maculopathie en « œil de bœuf », signe d’une atteinte de la macula, région essentielle pour la vision fine et détaillée. À ce stade, les dommages visuels peuvent devenir irréversibles.
Les spécialistes rappellent toutefois que ce risque dépend largement de plusieurs facteurs clairement identifiés. La probabilité de toxicité augmente avec la dose quotidienne, la durée du traitement, la dose cumulée totale, mais aussi avec certains facteurs individuels comme l’insuffisance rénale, l’âge avancé ou la présence d’une maladie oculaire préexistante. Les données disponibles montrent notamment que le risque augmente nettement après plusieurs années de traitement continu.
Face à cette menace silencieuse, la clé réside dans le dépistage précoce. Les progrès des technologies d’imagerie rétinienne permettent aujourd’hui de détecter des anomalies très précoces, bien avant l’apparition des symptômes. Des examens spécialisés, réalisés régulièrement, permettent ainsi d’identifier les premiers signes de toxicité et d’adapter la prise en charge.
Car une fois la toxicité installée, la seule mesure capable d’enrayer sa progression reste l’arrêt du traitement. D’où l’importance d’une stratégie de surveillance rigoureuse associant rhumatologues, internistes et ophtalmologistes.
En définitive, cette synthèse scientifique rappelle un principe essentiel de la médecine moderne : un médicament peut être indispensable tout en exigeant une vigilance permanente. Dans le cas de l’hydroxychloroquine, l’équilibre entre bénéfice thérapeutique et sécurité passe par une prescription adaptée et un suivi ophtalmologique régulier, seule garantie pour préserver durablement la vision des patients.
Ouiza Lataman