La Chine autorise le premier agoniste de l’orexine au monde, une avancée majeure contre la narcolepsie

La Chine est devenue le premier pays au monde à autoriser un agoniste de l’orexine destiné au traitement de la narcolepsie de type 1 (NT1), une maladie neurologique chronique caractérisée par une somnolence diurne excessive et des épisodes de cataplexie. L’Administration nationale chinoise des produits médicaux (NMPA) a approuvé l’ORZEYFUL (ovéporexton/TAK-861), développé par le laboratoire Takeda, ouvrant la voie à une nouvelle approche thérapeutique qui agit directement sur le mécanisme biologique de la maladie.

Jusqu’à présent, les traitements disponibles visaient principalement à contrôler les symptômes grâce à des stimulants, des antidépresseurs ou des médicaments favorisant le sommeil nocturne. S’ils amélioraient la qualité de vie des patients, ils ne corrigeaient pas le déficit à l’origine de la maladie.

La narcolepsie de type 1 est liée à la disparition des neurones de l’hypothalamus qui produisent l’orexine, également appelée hypocrétine. Ce neurotransmetteur joue un rôle essentiel dans la régulation de l’éveil et du sommeil. Administré par voie orale, l’ovéporexton est un agoniste sélectif des récepteurs de l’orexine de type 2 (OX2R). En activant ces récepteurs, il compense le manque d’orexine et restaure la signalisation cérébrale impliquée dans le maintien de l’éveil.

L’autorisation accordée par la Chine concerne les adolescents âgés de 16 ans et plus ainsi que les adultes atteints de narcolepsie de type 1. Cette décision place la Chine en avance sur les autres grandes autorités réglementaires. Aux États-Unis, le médicament fait actuellement l’objet d’un examen prioritaire par la FDA après avoir obtenu la désignation de « Breakthrough Therapy », tandis qu’au Japon, il bénéficie d’une procédure accélérée dans le cadre du programme « Sakigake ».

Selon les estimations, près de 700 000 personnes souffrent de narcolepsie en Chine, dont environ 75 à 80 % présentent une narcolepsie de type 1. Le diagnostic intervient souvent tardivement, avec une errance médicale pouvant dépasser dix ans en raison de la méconnaissance de cette maladie rare.

L’approbation de l’ovéporexton repose sur les résultats de deux essais cliniques internationaux de phase 3, FirstLight (TAK-861-3001) et RadiantLight (TAK-861-3002), réalisés dans 19 pays. Les études ont montré une amélioration significative de la capacité des patients à rester éveillés durant la journée, une réduction importante des crises de cataplexie, ainsi qu’une amélioration des fonctions cognitives, notamment de l’attention, de la mémoire et des fonctions exécutives.

Les données cliniques indiquent également une amélioration de la qualité du sommeil nocturne, avec une diminution des hallucinations hypnagogiques et des paralysies du sommeil. Sur le plan de la sécurité, aucun effet indésirable grave lié au traitement n’a été rapporté. Les effets secondaires les plus fréquemment observés étaient généralement légers à modérés, principalement des épisodes d’insomnie et une augmentation de la fréquence des mictions.

Pour les spécialistes du sommeil, cette autorisation marque un changement majeur dans la prise en charge de la narcolepsie. En ciblant directement le déficit en orexine plutôt que de traiter uniquement les manifestations cliniques, cette nouvelle classe thérapeutique pourrait modifier durablement les standards de traitement de la maladie.

Takeda prévoit désormais de poursuivre les démarches réglementaires dans plusieurs régions du monde. Le groupe développe également d’autres agonistes de l’orexine, notamment les molécules TAK-360 et TAK-495, destinées à la narcolepsie de type 2 et à l’hypersomnie idiopathique.

Cette première autorisation mondiale pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape dans le traitement des troubles de l’éveil et offrir de nouvelles perspectives aux patients atteints de narcolepsie.

Nouhad Ourebzani