La Société algérienne de chirurgie de la hanche et du genou (SAGHA), partenaire officielle de la Société tunisienne d’arthroscopie et de chirurgie du sport (TSASS), prend part à son congrès organisé à l’hôtel Oceana, à Hammamet, en Tunisie. Cette participation est marquée par deux communications scientifiques qualifiées de haut niveau et consacrées à des questions d’actualité en chirurgie orthopédique et en médecine du sport : l’efficacité réelle de la médecine régénérative dans les pathologies du genou et l’intérêt de l’autogreffe du tendon du long fibulaire dans la reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA).
Président de la SAGHA, le Pr Lyes Aït El Hadj participe avec une communication intitulée « Médecine régénérative et genou du sportif : qu’est-ce qui marche vraiment ? ». Cette intervention propose une analyse critique des traitements biologiques qui suscitent un intérêt croissant en orthopédie, notamment dans la prise en charge des lésions cartilagineuses, des tendinopathies et de certaines lésions ligamentaires.
Les concentrés plaquettaires (PRP), le concentré d’aspirat médullaire (BMAC), les cellules stromales mésenchymateuses et les matrices biologiques figurent parmi les approches étudiées. Si ces techniques ouvrent des perspectives thérapeutiques, leur efficacité clinique reste variable selon les pathologies, les protocoles utilisés et les profils des patients.
L’enjeu de cette communication est de distinguer les effets biologiques observés des bénéfices réellement démontrés pour les patients. Une amélioration des symptômes ou des résultats d’imagerie ne signifie pas nécessairement que le tissu lésé a été véritablement régénéré. De même, le retour au sport, particulièrement important chez les sportifs, constitue un critère d’évaluation à part entière, qui ne peut être confondu avec la seule diminution de la douleur ou la cicatrisation apparente.
Le Pr Lyes Aït El Hadj met également l’accent sur la nécessité d’interpréter avec rigueur les résultats des études scientifiques. Le concentré d’aspirat médullaire, notamment, présente une composition biologique hétérogène et ne peut être assimilé à une préparation standardisée de cellules mésenchymateuses. Quant aux techniques de restauration cartilagineuse, telles que les greffes ostéochondrales autologues ou les méthodes associant matrices biologiques et stimulation médullaire, elles répondent à des indications spécifiques et doivent être distinguées des simples injections biologiques.
Au-delà des promesses thérapeutiques, cette approche souligne l’importance d’une médecine régénérative fondée sur des indications précises, une sélection adaptée des patients et un niveau de preuve scientifique suffisant. L’objectif est de privilégier des bénéfices cliniques pertinents, durables et reproductibles, tout en évitant les extrapolations qui pourraient conduire à surestimer les capacités régénératrices de certaines techniques.
La seconde communication, présentée par le Dr Mohamed Milat, est consacrée à l’autogreffe du tendon du long fibulaire, également appelée Peroneus Longus Tendon (PLT), dans la reconstruction du ligament croisé antérieur. Intitulée « Réelle avancée ou simple effet de mode ? », elle aborde la place de cette technique dans l’arsenal chirurgical destiné à traiter les ruptures du LCA, une lésion fréquente chez les sportifs et susceptible de compromettre la stabilité du genou.
À travers ces deux interventions, la participation de la SAGHA au congrès de la TSASS met en avant une démarche scientifique fondée sur l’évaluation critique des innovations en chirurgie du sport. L’objectif est de confronter les nouvelles approches aux données disponibles afin de mieux préciser leurs indications, leurs limites et leur intérêt pour les patients.
Cette contribution algérienne s’inscrit ainsi dans une dynamique d’échange scientifique entre spécialistes de la chirurgie orthopédique, autour d’une préoccupation commune : améliorer la prise en charge des lésions du genou en privilégiant des traitements dont l’efficacité et la pertinence clinique sont étayées par des données scientifiques solides.
Nouhad Ourebzani