L’Algérie s’apprête à franchir un cap majeur dans le développement de son industrie pharmaceutique en lançant un projet inédit de valorisation des dérivés sanguins, un domaine considéré comme l’un des plus stratégiques et des plus avancés de la biotechnologie médicale. L’objectif : produire localement des médicaments biologiques essentiels aujourd’hui largement importés et renforcer ainsi l’autonomie sanitaire du pays.
C’est dans cette perspective que le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Dr Wassim Kouidri, a présidé mardi au siège du ministère une réunion de travail réunissant les responsables du groupe Saidal et une délégation d’un leader chinois spécialisé dans l’extraction et le fractionnement du plasma sanguin.
Au cœur des discussions figurait un projet appelé à constituer un tournant pour le secteur pharmaceutique national : la création de la première unité algérienne dédiée à la collecte, au traitement et à la valorisation des dérivés sanguins. Cette infrastructure permettra de transformer le plasma humain en produits thérapeutiques de haute valeur ajoutée, indispensables au traitement de nombreuses pathologies chroniques, maladies rares, déficits immunitaires et troubles de la coagulation.
Aujourd’hui, ces médicaments biologiques figurent parmi les produits les plus coûteux et les plus sensibles du marché pharmaceutique mondial. Leur disponibilité constitue un enjeu majeur de santé publique, particulièrement dans un contexte international marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la recherche croissante de souveraineté sanitaire.
Lors de cette rencontre, les experts ont examiné les technologies maîtrisées par le partenaire chinois ainsi que les aspects techniques, réglementaires et industriels nécessaires à la concrétisation du projet. L’objectif est de mettre en place une filière nationale intégrée capable de récupérer, traiter et valoriser localement une ressource biologique stratégique qui demeure aujourd’hui insuffisamment exploitée.
Pour le ministre Wassim Kouidri, ce projet s’inscrit pleinement dans la vision portée par les pouvoirs publics visant à réduire la facture des importations et à renforcer l’indépendance du pays dans les domaines pharmaceutiques les plus sensibles. Il a souligné que la création d’une unité de valorisation des dérivés sanguins constitue une étape structurante dans la construction d’un système de santé plus résilient, capable de répondre aux besoins nationaux tout en anticipant les défis sanitaires futurs.
Au-delà de son impact médical, cette initiative ouvre également des perspectives industrielles et scientifiques importantes. Elle devrait favoriser le transfert de technologies de pointe, la formation de compétences hautement qualifiées et l’émergence d’un savoir-faire national dans le domaine des biomédicaments, segment qui représente aujourd’hui l’un des moteurs de croissance les plus dynamiques de l’industrie pharmaceutique mondiale.
Après les investissements engagés dans la production de vaccins, d’insuline et de médicaments innovants, l’Algérie semble désormais vouloir s’attaquer à un nouveau défi : maîtriser la chaîne de valeur des produits dérivés du plasma. Un choix stratégique qui pourrait non seulement renforcer la sécurité sanitaire nationale, mais aussi positionner le pays comme un futur pôle régional des biotechnologies et des médicaments de haute technologie.
À travers ce projet, les autorités affichent une ambition claire : faire de l’industrie pharmaceutique un levier de souveraineté, de création de valeur et d’innovation, tout en inscrivant l’Algérie dans le cercle des nations capables de produire les traitements biologiques les plus complexes et les plus recherchés du marché mondial.
Tinhinane B