Le rôle du pharmacien d’officine dans la dispensation du traitement oncologique : un enjeu clé pour l’Algérie

Dans le cadre du programme riche et varié initié par El Kendi lors du Salon international de la pharmacie et de la parapharmacie (SIPHAL), le professeur Esma Kerboua, chef de service d’oncologie médicale au Centre Pierre et Marie Curie (CPMC) d’Alger, est intervenue lors d’un plateau télévisé de SIPHAL TV pour mettre en lumière l’importance du pharmacien d’officine dans l’accompagnement des patients atteints de cancer.

Vers une meilleure prise en charge des traitements oncologiques oraux

« L’essor des traitements anticancéreux oraux a transformé la prise en charge des patients », explique le Pr Kerboua. « Grâce à leur mode d’administration plus simple, ces médicaments améliorent le confort des patients et facilitent la gestion des cancers devenus des maladies chroniques. »

En Algérie, plusieurs thérapies sont disponibles sous forme orale, notamment la chimiothérapie, l’hormonothérapie et les thérapies ciblées. Toutefois, leur dispensation reste principalement hospitalière, limitant l’accès aux traitements pour de nombreux patients, en particulier ceux résidant loin des grands centres de soins.

« Les patients sous traitement oral sont confrontés à de nombreux défis : des déplacements fréquents vers l’hôpital, des files d’attente interminables et une continuité de traitement parfois compromise par des ruptures d’approvisionnement ou des contraintes logistiques », souligne-t-elle. « L’exclusivité hospitalière de ces traitements engendre également des coûts supplémentaires, tant pour les patients que pour le système de santé. »

Le pharmacien d’officine, un acteur central dans le parcours de soins

Selon le Pr Kerboua, « l’intégration du pharmacien d’officine dans la dispensation des traitements oncologiques pourrait répondre à plusieurs enjeux ». Elle insiste sur le fait que « le pharmacien est un professionnel de santé de proximité, et son rôle ne se limite pas à la simple délivrance des médicaments ».

Elle explique que cette évolution permettrait :
• « Un suivi personnalisé des patients, avec des conseils sur la prise des médicaments, la gestion des effets secondaires et la prévention des interactions médicamenteuses et alimentaires. »
• « Une meilleure observance thérapeutique, car le pharmacien pourrait sensibiliser le patient à l’importance du respect du protocole prescrit par l’oncologue. »
• « Une accessibilité accrue, puisque la multiplication des points de dispensation réduirait les déplacements et le temps d’attente des patients. »

« En France, cette approche est déjà adoptée depuis 2015 », rappelle-t-elle. « La prescription initiale est réalisée par un spécialiste hospitalier, mais le renouvellement peut être effectué en officine sous certaines conditions. Plusieurs pays de la région MENA, comme l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, ont également mis en place ce modèle pour faciliter l’accès aux traitements. »

Les prérequis pour un changement de modèle en Algérie

Pour permettre la dispensation des thérapies anticancéreuses orales en officine en Algérie, « plusieurs mesures doivent être mises en place », affirme le Pr Kerboua :
1. « Un cadre réglementaire clair, définissant les conditions de prescription et de dispensation. »
2. « Une formation spécialisée des pharmaciens, afin de garantir une prise en charge sécurisée et adaptée aux patients atteints de cancer. »
3. « Un système de traçabilité, assurant un suivi rigoureux des traitements délivrés. »
4. « Une collaboration renforcée entre oncologues et pharmaciens, afin d’assurer un relais efficace entre l’hôpital et la ville. »

Un enjeu économique et social

« Si la mise en place de ce modèle nécessite un investissement initial – notamment en formation et en systèmes d’information –, elle pourrait, à terme, générer des économies significatives », estime-t-elle. « La réduction des déplacements des patients, la diminution des files d’attente hospitalières et l’optimisation des ressources médicales contribueraient à un système de santé plus efficace et centré sur le patient. »

Le Pr Kerboua conclut en affirmant que « la dispensation des traitements oncologiques en officine représente une opportunité majeure pour améliorer la qualité de vie des patients algériens atteints de cancer ». « Inspiré par les expériences internationales, ce modèle nécessite une planification rigoureuse et une coopération étroite entre les différents acteurs du secteur de la santé », ajoute-t-elle.

« Il s’agit d’un enjeu de santé publique essentiel, dont la mise en œuvre pourrait transformer la prise en charge du cancer en Algérie. »

Tinhinane B