Les fumées d’incendies, un tueur silencieux révélé par une vaste étude européenne

Une étude scientifique publiée dans la revue The Lancet Planetary Health vient de mettre en lumière un danger souvent invisible mais redoutable : la fumée des incendies de forêt. En analysant les données de mortalité dans 654 régions de 35 pays européens, les chercheurs ont démontré que l’exposition à cette fumée entraîne une hausse significative des décès dans les jours qui suivent, confirmant que les feux de forêt ne se limitent pas aux flammes qui détruisent les forêts, mais qu’ils constituent aussi une menace sanitaire directe pour les populations.

Selon les auteurs, ce sont les particules fines contenues dans la fumée, connues sous le nom de PM2,5, qui pénètrent profondément dans les poumons et atteignent le système sanguin. Elles provoquent des inflammations et aggravent les pathologies cardiovasculaires et respiratoires, augmentant ainsi le risque de décès à court terme. Contrairement à d’autres pollutions atmosphériques, l’impact de ces fumées se manifeste rapidement, parfois dès le lendemain de l’exposition.

Les chercheurs précisent que la hausse de mortalité n’est pas uniforme : certaines régions du sud de l’Europe, plus exposées aux incendies estivaux, connaissent des effets plus marqués. Mais même dans des pays du nord moins touchés, les épisodes de fumée transportée sur de longues distances ont provoqué une surmortalité mesurable.

Cette étude, la plus vaste jamais conduite sur le sujet à l’échelle européenne, vient renforcer l’alerte déjà lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant l’impact des particules fines sur la santé publique. Elle invite les pouvoirs publics à intégrer cette donnée dans la gestion des crises liées aux feux de forêt.

Les auteurs recommandent d’améliorer les systèmes de surveillance de la qualité de l’air, de renforcer les dispositifs d’alerte à destination des populations vulnérables — notamment les personnes âgées, les enfants et les patients souffrant de maladies chroniques — et de prévoir des mesures de protection sanitaire adaptées en période d’incendies.

À l’heure où le monde connaît des épisodes de sécheresse et de chaleur extrême favorisant les feux de grande ampleur, cette étude rappelle que les fumées ne connaissent pas de frontières et que leur impact sanitaire, bien que souvent sous-estimé, doit être considéré comme une priorité de santé publique.

Nouhad Ourebzani