Lors du récent congrès de la Société Européenne de Cardiologie (ESC), le Dr Franz Weidinger, président actuel de l’ESC et chef du service de cardiologie de la Klinik Landstrasse à l’Université médicale de Vienne, a mis en lumière un sujet d’une importance cruciale : l’influence grandissante des facteurs de risque environnementaux sur les maladies cardiovasculaires. « Nous sommes tous conscients que ces facteurs jouent un rôle de plus en plus déterminant, et ce risque ne cesse de croître avec le temps », a-t-il déclaré.
L’un des facteurs environnementaux les plus préoccupants est le bruit. Selon des estimations récentes, 1,6 million d’années de vie en bonne santé sont perdues chaque année en Europe en raison de niveaux de bruit excessifs. Pourtant, il est possible de sauver jusqu’à 110 000 vies par an en maintenant les niveaux sonores en dessous de 55 décibels.
Lors de cette session, plusieurs experts de renommée mondiale se sont penchés sur les conséquences cardiovasculaires de la pollution sonore. Le Dr Thomas Münzel, du Centre Médical Universitaire de l’Université Johannes Gutenberg à Mayence, en Allemagne, a souligné que le bruit est souvent sous-estimé comme facteur de risque environnemental. Il est pourtant responsable de 900 000 cas d’hypertension, 43 000 hospitalisations, 6,5 millions de cas de troubles sévères du sommeil, et 22 millions de cas d’irritation chronique en Europe.
L’exposition au bruit ne se limite pas à des impacts directs comme la perte auditive. Le Dr Münzel a expliqué comment le bruit excessif déclenche une cascade neurohormonale de stress, activant des systèmes tels que le système rénine-angiotensine-aldostérone (RAAS), conduisant ainsi à la vasoconstriction, à l’inflammation, et au stress oxydatif sur les vaisseaux sanguins. Des études récentes montrent qu’une augmentation de 10 décibels du bruit routier est associée à un risque accru de 3,2 % de développer une maladie cardiovasculaire, notamment des maladies coronariennes, de l’hypertension, des arythmies, des AVC, et de l’insuffisance cardiaque.
En parallèle, le Dr Dorairaj Prabhakaran, vice-président exécutif et directeur académique en chef à l’Université des sciences de la santé du Texas, a abordé les conséquences du changement climatique sur la santé cardiovasculaire. Les fluctuations de température, qu’elles soient liées à une chaleur extrême ou à un froid intense, sont associées à une augmentation significative de la mortalité cardiovasculaire. Chaque degré Celsius supplémentaire entraîne une hausse de 2,1 % de la mortalité liée aux maladies cardiovasculaires, un phénomène qui touche particulièrement les populations vulnérables, notamment les personnes âgées, celles atteintes de maladies chroniques, et les populations économiquement défavorisées.
Le Dr Andreas Daiber, également du Centre Médical Universitaire de Mayence, a ensuite attiré l’attention sur la pollution de l’air, qu’il a qualifiée de principal facteur de risque environnemental en termes de mortalité mondiale. La pollution de l’air est responsable de 8 millions de décès prématurés par an dans le monde, dont une part importante liée aux maladies cardiovasculaires. En Asie, l’exposition aux particules fines PM2,5 a causé plus de 3 millions de décès en 2023, avec des chiffres particulièrement alarmants en Chine et en Inde.
Les analyses montrent qu’une augmentation de 10 microgrammes par mètre cube de PM2,5 est associée à une hausse significative de la mortalité par cardiopathie ischémique et par AVC. L’exposition chronique à ces particules est particulièrement dangereuse en raison de leur capacité à pénétrer profondément dans les poumons, à atteindre la circulation sanguine, et même à traverser la barrière hémato-encéphalique, provoquant ainsi des dommages irréversibles aux organes.
Face à ces défis, les experts appellent à une révision des modèles de risque cardiovasculaire qui prennent en compte l’exposition combinée aux différents facteurs environnementaux tels que le bruit, la pollution de l’air et la pollution lumineuse. La mise en place de mesures de prévention comme la réduction des niveaux de pollution sonore et atmosphérique, ainsi que l’intégration de ces facteurs dans les recommandations cliniques, sont essentielles pour faire face à cette crise de santé publique.
Nouhad Ourebzani