Longtemps considérés comme des organes « mis au repos » après la ménopause, les ovaires pourraient en réalité continuer à évoluer bien après la fin de la fertilité. C’est ce que suggèrent de récents travaux, qui remettent en question une idée bien ancrée en biologie.
Selon une étude publiée le 1er juillet 2026, dans Molecular Human Reproduction, réalisée par Francesca Duncan et son équipe de la Northwestern University, les ovaires ne s’éteindraient pas après la ménopause, mais changeraient plutôt de rôle. Les chercheurs ont travaillé sur des souris à différents âges, de 2 à 24 mois, afin d’observer l’évolution de leurs ovaires au cours du vieillissement.
Chez ces animaux, la fonction reproductive cesse autour de deux ans, mais sans chute hormonale comparable à celle observée chez la femme. Pour analyser ces changements, les scientifiques ont combiné observation microscopique et séquençage de l’ARN, une technique permettant d’identifier les gènes actifs dans les tissus.
Sans surprise, la réserve folliculaire diminue avec l’âge. L’organisation cellulaire et la structure de soutien de l’ovaire, notamment le collagène, se modifient également. Mais les chercheurs ont surtout observé que l’activité de l’organe ne disparaît pas, elle se transforme. Avec le temps, le profil biologique des ovaires évoluerait vers une signature moins reproductive et davantage immunitaire. Autrement dit, leur fonction changerait de nature plutôt que de s’interrompre.
Les tissus ovariens vieillissants contiendraient davantage de cellules immunitaires, comme des lymphocyres T, des macrophages et des cellules multinucléées. Ces cellules sont connues pour intervenir dans les processus inflammatoires. Ce basculement suggère que l’ovaire post-ménopause pourrait adopter un rôle proche de celui d’un organe impliqué dans la réponse immunitaire et l’inflammation.
Pour les chercheurs, cette transformation pourrait avoir des conséquences sur le vieillissement global de l’organisme. Mais ils insistent sur la prudence : ces résultats obtenus chez les souris ne peuvent pas être directement transposés à l’humain. Néanmoins, certaines observations chez la femme ménopausée vont dans le même sens. Des variations de protéines liées à l’activité ovarienne ont été relevées selon l’âge, suggérant que des mécanismes similaires pourraient exister.
Ces travaux ouvrent ainsi une nouvelle perspective, celle d’un ovaire qui ne s’arrête pas mais qui se reconvertit. Une piste qui pourrait, à terme, aider à mieux comprendre certaines évolutions de santé après la ménopause, notamment chez les femmes ayant subi une ablation des ovaires.
A mesure que l’espérance de vie augmente, mieux comprendre ces transformations devient un enjeu important pour la santé à long terme.
Hassina Amrouni