La myopie, trouble visuel en forte progression dans le monde, pourrait exposer les patients à un risque nettement plus élevé de développer un glaucome. C’est la conclusion d’une étude de grande ampleur publiée dans la revue scientifique Ophthalmology, qui met en évidence une association claire entre myopie, glaucome et recours à la chirurgie pour traiter cette maladie oculaire potentiellement cécitante.
Menée à partir d’une base de données nationale de santé particulièrement vaste, cette recherche a analysé les dossiers de plus de 14,2 millions d’adultes âgés de 40 ans et plus ayant bénéficié d’un examen de la réfraction entre 2014 et 2015. Les participants ont été suivis pendant environ sept ans et demi, permettant aux chercheurs d’observer l’apparition de nouveaux cas de glaucome et les éventuelles interventions chirurgicales liées à cette pathologie.
Les participants ont été répartis en trois catégories : les personnes non myopes, les patients présentant une myopie, et ceux atteints de forte myopie, définie par un équivalent sphérique inférieur ou égal à –6 dioptries. Parmi l’ensemble de la cohorte, près de 7,5 millions de personnes étaient myopes, dont plus de 370 000 souffraient de forte myopie.
Les résultats montrent une relation nette entre la myopie et le risque de glaucome. Après ajustement pour plusieurs facteurs de risque cardiovasculaires et métaboliques – tels que l’âge, le sexe, le diabète, l’hypertension artérielle ou la dyslipidémie – les chercheurs ont constaté que les personnes myopes présentaient un risque de glaucome environ 44 % plus élevé que les sujets non myopes. Ce risque devient encore plus marqué chez les patients atteints de forte myopie, chez qui il est multiplié par près de 2,7.
L’étude met également en évidence une augmentation significative du recours à la chirurgie du glaucome chez les patients myopes. Comparés aux sujets non myopes, les patients myopes étaient 1,7 fois plus susceptibles de subir une intervention chirurgicale, tandis que les personnes atteintes de forte myopie présentaient un risque plus de trois fois supérieur.
Les chercheurs ont également observé un risque particulièrement élevé pour les chirurgies filtrantes, telles que la trabéculectomie ou l’implantation de dispositifs de drainage, des interventions généralement réservées aux formes plus sévères ou résistantes du glaucome.
Pour les auteurs de l’étude, ces résultats confirment que la myopie doit être considérée comme un facteur de risque majeur du glaucome, nécessitant une surveillance ophtalmologique attentive. Avec l’augmentation rapide de la prévalence de la myopie dans de nombreux pays, notamment chez les jeunes générations, la question du dépistage précoce du glaucome chez ces patients devient un enjeu majeur de santé publique.
Les chercheurs soulignent ainsi l’importance de programmes de suivi ophtalmologique réguliers chez les personnes myopes, en particulier chez celles présentant une forte myopie, afin de détecter précocement les signes de glaucome et d’éviter une perte visuelle irréversible.
Ouiza Lataman