Obésité des parents : un risque de maladie du foie transmis aux enfants devenus adultes

L’obésité ne se limite pas à ses effets immédiats sur la santé. Elle pourrait aussi marquer durablement la génération suivante. Une étude publiée dans la revue scientifique Gut révèle que le surpoids ou l’obésité des parents avant la naissance de leurs enfants est associé à un risque accru de développer, à l’âge adulte, une maladie hépatique stéatosique associée à une dysfonction métabolique (MASLD), la forme moderne de ce que l’on appelait autrefois la stéatose hépatique non alcoolique.

Cette pathologie, caractérisée par une accumulation excessive de graisse dans le foie en l’absence de consommation significative d’alcool, est aujourd’hui considérée comme l’une des maladies chroniques du foie les plus répandues dans le monde. Étroitement liée à l’obésité, au diabète et au syndrome métabolique, elle progresse rapidement dans de nombreux pays.

Pour mieux comprendre l’origine de ce risque, les chercheurs ont analysé les données de près de 2 000 participants issus de la cohorte britannique Avon Longitudinal Study of Parents and Children, qui suit plusieurs générations depuis la naissance. Les scientifiques ont comparé l’indice de masse corporelle des parents avant la grossesse avec l’état de santé métabolique et hépatique de leurs enfants à l’âge de 24 ans.

Les résultats montrent une association marquée. Les enfants de mères obèses avant la grossesse présentent un risque nettement plus élevé de développer une MASLD à l’âge adulte. L’obésité paternelle est également liée à une augmentation significative du risque, même si l’effet apparaît moins prononcé que celui observé du côté maternel. Lorsque les deux parents sont en situation de surpoids ou d’obésité, la probabilité de développer cette maladie du foie devient encore plus importante.

L’étude met également en évidence l’importance du parcours pondéral de l’enfant. Les chercheurs observent que l’excès de poids durant l’enfance et l’adolescence renforce considérablement la probabilité de développer la maladie à l’âge adulte, suggérant l’existence d’un effet cumulatif du risque métabolique tout au long de la vie.

Plusieurs mécanismes pourraient expliquer cette transmission. Les scientifiques évoquent notamment le rôle de modifications épigénétiques, c’est-à-dire des changements dans l’expression des gènes influencés par l’environnement et le métabolisme parental. Ces modifications pourraient prédisposer les enfants à des troubles métaboliques, notamment à une accumulation de graisse dans le foie.

Au-delà de ces mécanismes biologiques, les chercheurs rappellent aussi l’influence des facteurs familiaux : habitudes alimentaires, niveau d’activité physique ou environnement socio-économique peuvent contribuer à maintenir ou amplifier le risque métabolique d’une génération à l’autre.

Dans un contexte où la MASLD touche déjà des centaines de millions de personnes dans le monde, ces résultats soulignent l’importance d’une prévention précoce. Pour les auteurs, la lutte contre l’obésité devrait commencer avant même la conception, en améliorant la santé métabolique des futurs parents. Une telle approche pourrait constituer un levier majeur pour freiner la progression des maladies métaboliques et hépatiques dans les générations à venir.

Ouiza Lataman