À l’occasion d’Octobre rose 2026, le ministère de la Santé a donné, jeudi 8 octobre, le coup d’envoi officiel de la campagne nationale visant à intensifier le dépistage précoce du cancer du sein à travers les différentes wilayas du pays. La cérémonie s’est déroulée à l’amphithéâtre Pierre Chaulet du ministère, sous le slogan « Tous unis contre le cancer », avec pour thème « La numérisation au service du dépistage et du diagnostic précoce du cancer du sein ».
La cérémonie a été présidée, au nom du ministre de la Santé, le Pr Mohamed Seddik Aït Messaoudène, par le secrétaire général du ministère de la Santé, Mohamed Talhi, en présence de cadres de l’administration centrale, de représentants des secteurs partenaires, d’experts, de professionnels de santé, d’associations de patients, de la société civile et des médias.
Parmi les principales nouveautés de cette édition figure le lancement de la première caravane mobile et connectée dédiée au dépistage du cancer du sein. Dotée d’équipements modernes de mammographie numérique, elle est reliée, grâce à une connexion à haut débit, au Centre Pierre-et-Marie-Curie d’Alger. Ce dispositif doit permettre de solliciter à distance l’expertise de spécialistes, de faciliter le diagnostic et l’orientation des patientes, notamment dans les régions nécessitant un appui médical spécialisé.
La caravane sillonnera plusieurs wilayas entre octobre 2026 et janvier 2027, avec pour objectif de rapprocher les prestations de dépistage des femmes et d’élargir l’accès à la détection précoce.
Selon les données du Réseau national des registres du cancer, plus de 56 000 nouveaux cas de cancer ont été enregistrés en Algérie en 2023, soit une hausse de plus de 34 % en moins d’une décennie. Le cancer du sein demeure le premier cancer chez la femme algérienne, avec 14 074 nouveaux cas enregistrés chaque année, représentant plus de 45 % des cancers féminins.
Il constitue également la première cause de décès par cancer chez les femmes. Le ministère relève par ailleurs une tendance à la survenue de la maladie à un âge plus jeune, avec un âge moyen de diagnostic estimé à environ 47 ans.
Face à cette situation, le dépistage précoce demeure un axe majeur de la stratégie nationale. Une prise en charge engagée rapidement, lorsque la maladie est détectée à un stade précoce, peut permettre d’atteindre des taux de guérison supérieurs à 90 %, selon les données présentées par le ministère.
La numérisation occupe également une place croissante dans l’organisation du parcours de soins. Le ministère travaille notamment à la généralisation du dossier médical électronique et à la numérisation des rendez-vous, y compris ceux liés à la radiothérapie, afin de réduire les délais d’attente et d’améliorer la coordination de la prise en charge.
Une plateforme numérique dédiée au suivi de la maintenance et de la disponibilité des équipements de santé, baptisée SMES, a également été mise en place. Elle repose sur des indicateurs permettant notamment de suivre les délais d’intervention et de réduire la durée des pannes. Des tableaux de bord numériques sont également utilisés pour suivre la mise en œuvre de la stratégie nationale et les indicateurs relatifs à la prise en charge des patients atteints de cancer.
Le recours à la téléradiologie ainsi qu’aux réunions de concertation pluridisciplinaire à distance (e-RCP) doit, pour sa part, faciliter le partage de l’expertise médicale et la prise de décision thérapeutique dans les régions où certaines spécialités sont moins disponibles. Le ministère souligne parallèlement l’importance accordée à la confidentialité et à la protection des données de santé.
Sur le plan des infrastructures, l’Algérie compte actuellement 15 centres de lutte contre le cancer, 24 services de radiothérapie et 61 accélérateurs linéaires. De nouvelles unités de radiothérapie sont programmées, ainsi que l’acquisition de 16 accélérateurs linéaires à l’horizon 2028.
Le ministère fait également état de l’intégration de 52 traitements innovants dans l’arsenal thérapeutique national, notamment des thérapies ciblées et des traitements d’immunothérapie. Un appareil de tomographie par émission de positons (PET Scan) devrait par ailleurs entrer en service à Tizi Ouzou avant la fin de l’année.
La disponibilité des médicaments anticancéreux et des dispositifs médicaux fait également l’objet d’un suivi renforcé, avec une anticipation des besoins et une coordination accrue. Plus de 73 milliards de dinars ont été consacrés au Fonds de lutte contre le cancer dans le cadre de l’initiative nationale de lutte contre cette maladie. Ses ressources sont en outre renforcées annuellement à hauteur de 40 milliards de dinars, en plus des crédits inscrits au budget de l’État.
L’ensemble de ces actions s’inscrit dans la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer 2025-2035, fondée sur une approche couvrant la prévention, le dépistage, le diagnostic précoce, le traitement, l’accompagnement et la réadaptation, avec le patient au centre du parcours de soins.
La prévention des facteurs de risque constitue parallèlement un autre volet important de cette stratégie. Le ministère met notamment l’accent sur le tabagisme, l’alimentation déséquilibrée, la sédentarité, le surpoids et l’obésité, ainsi que certains facteurs environnementaux.
Les unités mobiles ont déjà permis de rapprocher le dépistage des populations éloignées. En 2025, plus de 2 000 femmes ont ainsi bénéficié d’opérations de dépistage dans sept wilayas : Adrar, Timimoun, Béni Abbès, Relizane, Mascara, Béjaïa et Oum El Bouaghi.
Le dispositif de dépistage et de diagnostic précoce repose également sur les structures de santé de proximité et sur le rôle du médecin généraliste. Le ministère prévoit notamment de renforcer ses compétences à travers un certificat d’études spécialisées (CES) en pathologie mammaire. Le développement du Réseau national des registres du cancer doit, de son côté, permettre de disposer de données épidémiologiques utiles à l’orientation des politiques et programmes de santé.
Cette dynamique s’inscrit également dans le cadre du Plan stratégique national multisectoriel de prévention et de lutte contre les maladies non transmissibles 2026-2030, qui fait de la réduction des facteurs de risque une priorité, parallèlement à l’élaboration d’un plan multisectoriel de lutte contre l’obésité et à la poursuite du développement du plan national de nutrition et de santé.
Le ministère rappelle enfin que la lutte contre le cancer repose sur une mobilisation collective impliquant les différents secteurs, institutions et acteurs concernés. La mise en place d’une commission interministérielle de coordination en matière de prévention, placée sous l’autorité du Premier ministère, doit contribuer à renforcer cette coopération et à associer davantage les associations de patients aux actions nationales.
À travers cette nouvelle campagne d’Octobre rose, les autorités sanitaires entendent ainsi renforcer le dépistage de proximité tout en développant les outils numériques susceptibles de rapprocher l’expertise médicale des femmes, y compris dans les régions éloignées. Le message porté cette année par le ministère est clair : faire de la numérisation un outil concret au service du dépistage précoce, du diagnostic et d’une prise en charge plus rapide et mieux coordonnée du cancer du sein.
Nouhad Ourebzani