Pneumonies sévères : des chercheurs allemands développent une stratégie innovante pour neutraliser les infections pulmonaires graves

Les infections pulmonaires graves figurent parmi les principales causes de décès dans le monde, particulièrement chez les personnes âgées, les patients fragiles ou immunodéprimés. Pneumonies bactériennes, détresse respiratoire aiguë, sepsis ou complications nécessitant une réanimation : ces atteintes du poumon peuvent évoluer rapidement et provoquer une insuffisance respiratoire potentiellement mortelle. Face à cette menace sanitaire croissante, des chercheurs allemands viennent de mettre au point une approche thérapeutique innovante qui pourrait transformer la prise en charge de certaines pneumonies sévères.

Cette avancée est le fruit d’une collaboration entre l’Université Otto-von-Guericke de Magdebourg et le Centre hospitalier universitaire d’Iéna. Les scientifiques ont choisi une stratégie différente des antibiotiques classiques : au lieu de s’attaquer directement aux bactéries, ils ciblent les toxines qu’elles utilisent pour détruire les tissus pulmonaires.

Les pneumonies sévères sont souvent provoquées par des bactéries comme le pneumocoque, capable de déclencher une inflammation massive des poumons. Chez certains patients, l’infection entraîne une accumulation de liquide dans les alvéoles pulmonaires, empêchant les échanges d’oxygène et provoquant un essoufflement intense. Dans les formes les plus critiques, les bactéries ou leurs toxines peuvent passer dans le sang et provoquer un sepsis, une réaction inflammatoire généralisée pouvant conduire à une défaillance de plusieurs organes.

Les chercheurs allemands se sont particulièrement intéressés au pneumolysine, une toxine produite par les pneumocoques. Cette substance agit comme une véritable arme biologique microscopique : elle perce les membranes des cellules pulmonaires, détruit les tissus et favorise l’aggravation rapide de l’infection.

Pour neutraliser cette toxine, l’équipe dirigée par le professeur Dieter Schinzer a développé des stérols synthétiques, des molécules proches du cholestérol naturellement présent dans les membranes cellulaires. Ces composés servent de “pièges moléculaires” : la toxine s’y fixe au lieu d’attaquer les cellules pulmonaires, ce qui limite les lésions provoquées par l’infection.

Les scientifiques ont ensuite encapsulé ces molécules dans des liposomes, de minuscules particules graisseuses capables de circuler dans l’organisme. Les premiers essais en laboratoire ont montré que cette technologie protégeait les cellules pulmonaires plus efficacement que le cholestérol naturel face aux toxines bactériennes.

Pour le professeur Adrian Press, spécialiste des infections sévères à Iéna, cette approche pourrait devenir essentielle dans les années à venir. Les pneumonies représentent encore aujourd’hui une cause majeure d’hospitalisation et de mortalité dans le monde. Les chercheurs rappellent qu’environ 2,5 millions de personnes sont mortes d’une pneumonie en 2019, tandis que le vieillissement de la population, la pollution atmosphérique et certaines conséquences du changement climatique risquent d’augmenter le nombre de formes graves.

L’autre intérêt majeur de cette stratégie réside dans la lutte contre l’antibiorésistance. En ne cherchant pas à tuer directement les bactéries, mais à neutraliser leurs toxines, les chercheurs espèrent limiter l’apparition de résistances qui réduisent aujourd’hui l’efficacité de nombreux antibiotiques.

Après ces premiers résultats jugés prometteurs, des essais sur modèles animaux doivent désormais être lancés. À plus long terme, les scientifiques envisagent le développement d’un spray thérapeutique destiné aux patients souffrant de pneumonies sévères à pneumocoques. Une demande de brevet international a déjà été déposée pour cette innovation, qui pourrait ouvrir une nouvelle voie dans la lutte contre les infections pulmonaires mortelles.

Ouiza Lataman