La scène n’a rien de symbolique, elle est éminemment politique et industrielle. Lors de l’ouverture de la 33ᵉ édition du Salon de la production algérienne, au Palais des expositions des Pins maritimes, la visite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au stand de l’industrie pharmaceutique, et plus précisément au groupe LDM, a révélé un basculement stratégique longtemps annoncé, rarement concrétisé : l’Algérie ne revendique plus la souveraineté sanitaire, elle commence à la produire.
Au cœur de cette visite, un projet industriel d’une rare densité technologique : la mise en service prochaine d’un complexe spécialisé dans la fabrication d’hormones thérapeutiques destinées au traitement des maladies de la thyroïde. Un segment ultrasensible, soumis à des normes draconiennes, historiquement dominé par un nombre infime d’acteurs mondiaux. Avec ce projet, développé dans le cadre d’un partenariat stratégique algéro-allemand, l’Algérie s’apprête à devenir le cinquième pays au monde capable de produire ce type de médicaments critiques, dont la disponibilité conditionne directement la continuité des soins et la sécurité sanitaire nationale.
Le chef de l’État a été informé des dimensions scientifiques, industrielles et économiques de cette unité, qui entrera en phase de production à la mi-2026 dans la wilaya de Constantine. L’enjeu dépasse largement la réduction de la facture d’importation. Il s’agit de sécuriser l’accès durable à des traitements vitaux, de maîtriser des technologies de micro-dosage d’une extrême précision et d’inscrire l’Algérie dans les segments les plus exigeants de la chaîne de valeur pharmaceutique mondiale.
Ce saut qualitatif est le fruit d’un long parcours industriel. Fondé en 1997, le laboratoire LDM s’est progressivement imposé comme un acteur structurant du secteur. Il emploie aujourd’hui près de 900 travailleurs et fabrique plus de 100 médicaments. Fort de cette expérience, le groupe a franchi un seuil décisif en s’engageant dans la production de médicaments complexes et sensibles, notamment les hormones thérapeutiques à micro-dosage et les médicaments biologiques.
C’est cette trajectoire que le PDG de LDM Groupe, Mr. Mohamed Elammouchi, a exposée au président de la République. Il a rappelé que le médicament hormonal présenté n’est actuellement fabriqué que dans quatre sites au niveau mondial : en Allemagne, en Espagne, en Chine et au Mexique. Avec l’entrée en service de l’unité de Constantine, l’Algérie rejoindra ce cercle extrêmement restreint, confirmant une montée en compétence longtemps jugée hors de portée.
« L’Algérie peut aujourd’hui être fière de son industrie pharmaceutique. Nous produisons selon les mêmes standards que les pays développés », a affirmé Mohamed Ammouchi, soulignant que cette performance repose sur une base industrielle solide, un capital humain qualifié et une maîtrise rigoureuse des normes internationales.
Dans un contexte mondial marqué par les crises sanitaires, la fragilisation des chaînes d’approvisionnement et la transformation du médicament en enjeu stratégique et géopolitique, cette avancée prend une signification particulière. Elle acte un changement de statut : d’un marché dépendant des importations, l’Algérie commence à s’imposer comme un pays capable de produire, sur son sol, des médicaments critiques jusque-là réservés à quelques centres industriels mondiaux.
Ici, la souveraineté sanitaire ne relève plus du discours. Elle se fabrique, molécule après molécule.
Tinhinane B