Rétinopathie du prématuré : la cécité évitable qui progresse avec la survie des grands prématurés

Les progrès de la néonatologie ont permis, au cours des dernières décennies, de sauver un nombre croissant de bébés nés très prématurément. Mais cette avancée médicale s’accompagne d’un défi majeur pour la santé publique : la progression de la rétinopathie du prématuré, une maladie oculaire qui peut conduire à une cécité irréversible si elle n’est pas détectée et traitée à temps.

Une étude internationale publiée dans JAMA Ophthalmology dresse un état des lieux inédit de cette pathologie à l’échelle mondiale. En analysant les données du programme Global Burden of Disease 2021 dans 204 pays et territoires entre 1990 et 2021, les chercheurs montrent que la rétinopathie du prématuré demeure une cause majeure de déficience visuelle chez l’enfant, avec près de 8,8 millions de personnes vivant aujourd’hui avec une perte de vision liée à cette maladie.

La rétinopathie du prématuré apparaît chez les nourrissons nés avant terme lorsque les vaisseaux sanguins de la rétine se développent de manière anormale. Dans les formes sévères, cette prolifération vasculaire peut entraîner un décollement de la rétine et une perte de vision définitive. Longtemps considérée comme un problème essentiellement présent dans les pays les plus pauvres, la maladie connaît aujourd’hui une évolution plus complexe.

Les chercheurs montrent que le poids de la pathologie se déplace progressivement vers les pays à revenu intermédiaire. Dans ces États, les progrès des soins néonatals permettent à davantage de grands prématurés de survivre, mais les programmes de dépistage et de suivi ophtalmologique ne se développent pas toujours au même rythme. Résultat : davantage d’enfants survivent, mais certains développent des complications oculaires qui auraient pu être évitées grâce à un dépistage précoce.

Les régions à faible niveau de développement socio-économique restent néanmoins les plus touchées. Les systèmes de santé y souffrent souvent d’un manque de spécialistes, d’un accès limité aux soins prénataux et néonatals, ainsi que d’une forte dépendance aux dépenses directes des familles pour accéder aux soins. Ces facteurs contribuent à retarder le diagnostic et la prise en charge de la maladie.

L’étude met également en évidence l’influence déterminante des conditions sociales et sanitaires. L’absence d’assurance santé, la faiblesse des infrastructures hospitalières et la pénurie d’ophtalmologistes spécialisés dans la prise en charge des nourrissons sont autant d’éléments associés à une prévalence plus élevée de déficience visuelle liée à cette pathologie.

Selon les projections réalisées par les chercheurs, la charge mondiale de la rétinopathie du prématuré pourrait continuer à augmenter dans les prochaines décennies si les stratégies de prévention ne sont pas renforcées. Les auteurs appellent ainsi à généraliser les programmes de dépistage systématique chez les nouveau-nés à risque, à améliorer la qualité des soins néonatals et à développer les capacités de prise en charge en ophtalmologie pédiatrique.

Au-delà des chiffres, l’étude rappelle une réalité souvent ignorée : dans de nombreux cas, la cécité liée à la rétinopathie du prématuré est évitable. Entre les avancées spectaculaires de la médecine néonatale et les inégalités persistantes d’accès aux soins, la lutte contre cette maladie s’impose désormais comme un enjeu central pour préserver la vision des enfants nés trop tôt.

Ouiza Lataman