Retour dans les zones ravagées à Jijel : les réflexes essentiels pour nettoyer sans prendre de risques sanitaires

Après l’extinction des flammes, la phase  de l’après-feu doit être abordée de manière saine et prudente. Il est important et nécessaire de rappeler que le danger ne disparaît pas en même temps que la fumée. Il change simplement de visage, s’infiltrant dans l’air que l’on respire, dans les cendres sous nos pas, et dans le choc que chacun garde en soi.

La première menace reste invisible. La combustion du bois et des maquis libère des poussières très fines qui restent en suspension plusieurs jours, surtout quand le vent retombe dans les vallées. Ces particules pénètrent profondément dans les poumons. Des chercheurs qui ont étudié les grands feux en Californie et en Australie ont montré que ces poussières d’incendie sont parfois nettement plus irritantes pour nos artères et nos bronches que la pollution des voitures. Elles continuent de provoquer des crises d’asthme, des toux tenaces et une fatigue cardiaque bien après la fin des sinistres.

À cela s’ajoute l’onde de choc émotionnelle. Revenir dans son village et découvrir des paysages calcinés, perdre des oliveraies ancestrales ou voir la maison familiale endommagée provoque une détresse profonde. Des travaux neuroscientifiques conduits après des feux majeurs révèlent d’ailleurs que le stress d’une telle catastrophe laisse le cerveau dans un état d’alerte permanente pendant des mois, altérant le sommeil, la concentration et la prise de décision.

Pour les familles qui s’apprêtent à regagner leurs localités à Jijel, le retour doit se faire avec beaucoup de précaution. Avant même de commencer à nettoyer ou à déblayer, il est essentiel d’équiper toute la famille. Le simple masque chirurgical ne suffit pas contre les cendres volantes : il faut privilégier des masques protecteurs bien ajustés de type FFP2 ou N95, et porter de longues tenues couvrant les bras et les jambes, accompagnées de gants solides.

Une fois sur place, la règle d’or consiste à ne jamais balayer à sec. Utiliser un balai classique ne fait que remettre en suspension dans l’air toutes les particules toxiques déposées au sol. Il faut systématiquement humidifier les surfaces avec un jet d’eau ou passer un chiffon humide avant de nettoyer. À l’intérieur des maisons, un aérage complet est nécessaire, mais seulement aux heures fraîches de la journée où l’air extérieur est le moins chargé en résidus.

Il convient également de faire attention à l’eau de consommation. Si l’approvisionnement provient de cisternes, de puits ou de sources locales, l’eau a pu être contaminée par le ruissellement des cendres. Il reste préférable d’utiliser de l’eau en bouteille pour boire et cuisiner tant que les services municipaux n’ont pas confirmé la potabilité du réseau local.

Enfin, il ne faut surtout pas négliger l’impact psychologique du retour. Parler de ce qu’on ressent avec ses proches, veiller sur les enfants qui absorbent le stress des adultes sans toujours savoir l’exprimer, et accepter de faire des pauses pendant le nettoyage sont des étapes cruciales. La reconstruction physique d’un village ravagé prend du temps, mais la protection de la santé et du moral de ses habitants doit rester la priorité absolue dès les premiers jours.

Nouhad Ourebzani