Santé mentale: Comment préserver son équilibre dans un quotidien très connecté

Téléphone à portée de main, notifications qui s’enchaînent, messages, vidéos, informations… Le numérique fait partie de nos habitudes quotidiennes. Il facilite les échanges et l’accès au savoir, mais cette connexion permanente peut aussi peser sur notre équilibre psychologique. Le problème n’est donc pas tant l’écran lui-même que la manière dont nous l’utilisons, le contenu auquel nous sommes exposés et la place qu’il occupe dans notre journée.
Les réseaux sociaux peuvent notamment devenir une source d’anxiété lorsqu’ils nous confrontent sans interruption à des informations inquiétantes. En Algérie, l’actualité récente des incendies qui touchent plusieurs wilayas, notamment Bejaïa, Jijel ou Tizi-Ouzou en est une illustration particulièrement frappante. Images de flammes, évacuations et bilans dramatiques circulent rapidement sur les fils d’actualité. A cela s’ajoutent d’autres contenus tout aussi anxiogènes d’Algérie et du reste du monde. A force de consulter, on peut avoir l’impression que le danger est partout et qu’il faut rester constamment informé.
Ce phénomène s’inscrit dans un mécanisme psychologique bien documenté : notre attention est naturellement attirée par les informations perçues comme menaçantes. Sur les réseaux sociaux, les contenus émotionnels, surprenants ou alarmants sont donc particulièrement susceptibles de retenir l’attention. La répétition de ces stimuli peut entretenir une forme d’hypervigilance : on consulte pour « savoir ce qui se passe », puis une nouvelle information inquiétante incite à consulter encore. Ce cycle peut devenir difficile à interrompre.
Les recherches récentes vont dans ce sens. Une vaste revue systématique avec méta-analyses, portant sur plus d’un million de jeunes, a retrouvé une association, certes modeste mais significative, entre l’usage des réseaux sociaux et les symptômes d’anxiété et de dépression. L’usage problématique était également associé à davantage de troubles du sommeil et à un moindre bien-être.
Le sommeil constitue justement l’un des principaux points de vigilance. Consulter les réseaux tard le soir ne signifie pas seulement s’exposer à la lumière des écrans mais cela maintient surtout le cerveau dans une activité cognitive et émotionnelle. Or, le manque ou la mauvaise qualité du sommeil augmente à son tour la vulnérabilité au stress et aux symptômes anxieux. Les études disponibles suggèrent ainsi une relation étroite entre usage intensif des réseaux, perturbation du sommeil et santé mentale.
Préserver son équilibre mental consiste donc moins à « supprimer les écrans » qu’à réduire l’exposition inutile aux stimuli anxiogènes. Se fixer des horaires d’information, éviter le défilement continu et ne pas consulter les réseaux dans les dernières heures précédant le sommeil sont des mesures cohérentes avec les mécanismes identifiés par la recherche.
Surtout, il faut distinguer s’informer de surveiller en permanence l’actualité. Une information utile répond à un besoin précis tandis que le défilement sans fin entretient l’incertitude et sollicite continuellement l’attention. Dans un environnement numérique conçu pour nous faire rester connectés, savoir s’arrêter devient ainsi une véritable mesure de prévention de sa santé mentale.
Hassina Amrouni