La prise en charge de la sclérose en plaques (SEP) connaît une évolution importante dans son approche thérapeutique. Au-delà du contrôle de l’inflammation, les neurologues accordent désormais une attention particulière à la progression silencieuse de la maladie, susceptible d’entraîner une aggravation progressive du handicap, même en l’absence de poussées cliniques. C’est l’un des principaux enjeux abordés lors du 5e Congrès national de neurologie de la Société algérienne de neurologie (SAN), organisé parallèlement au congrès de la Société de la Ligue algérienne de prise en charge de l’épilepsie.
Intervenant au micro d’Esseha.dz, le professeur Mohamed Islam Kediha, neurologue et chef de service par intérim à l’Établissement hospitalier spécialisé (EHS) de Ben Aknoun, a présenté les grandes lignes de cette nouvelle réflexion thérapeutique, à travers une communication consacrée à l’algorithme de prise en charge de la sclérose en plaques en 2026.
Placée sous le thème des maladies neuro-immunologiques, cette édition du congrès a consacré plusieurs communications aux pathologies touchant le système nerveux central, le système nerveux périphérique, les muscles ainsi que la jonction neuromusculaire.
Pour le professeur Mohamed Islam Kediha, l’évolution des stratégies thérapeutiques dans la SEP repose désormais sur une compréhension plus globale des mécanismes de la maladie. En effet, la sclérose en plaques ne se limite pas aux phénomènes inflammatoires responsables des poussées. Elle comporte également une composante neurodégénérative, parfois silencieuse, qui peut contribuer à l’accumulation progressive du handicap.
Cette progression indépendante de l’activité de poussée, connue sous le sigle PIRA (Progression Independent of Relapse Activity), constitue aujourd’hui un enjeu majeur dans le suivi des patients. Elle peut se manifester même lorsque les signes inflammatoires semblent maîtrisés, rendant nécessaire une surveillance plus approfondie de l’évolution neurologique.
« Nous ne réfléchissons plus uniquement en matière d’inflammation, mais également en matière de dégénérescence », explique le neurologue. L’objectif est ainsi de mieux anticiper le pronostic des patients et de préserver leurs capacités fonctionnelles sur le long terme, notamment à cinq, dix ou quinze ans.
Cette nouvelle approche conduit à repenser les critères de choix des traitements. La décision thérapeutique ne doit plus seulement tenir compte de la fréquence des poussées ou de l’activité inflammatoire observée à l’imagerie, mais également du risque de progression du handicap et des mécanismes neurodégénératifs sous-jacents.
Parmi les pistes thérapeutiques qui suscitent un intérêt croissant figurent les inhibiteurs de la tyrosine kinase de Bruton (BTKi). Ces petites molécules, capables pour certaines de franchir la barrière hémato-encéphalique, font actuellement l’objet de recherches pour leur potentiel d’action sur les cellules immunitaires du système nerveux central, notamment la microglie activée.
L’intérêt de ces molécules réside dans leur capacité potentielle à agir sur certains mécanismes inflammatoires compartimentés au sein du système nerveux central, qui pourraient participer à la progression silencieuse de la maladie et à l’aggravation du handicap.
À travers cette communication, le professeur Mohamed Islam Kediha entend ainsi mettre en lumière les nouvelles orientations des recommandations thérapeutiques et les avancées pharmacologiques susceptibles de transformer la prise en charge de la sclérose en plaques.
Un changement de paradigme se dessine donc en neurologie : il ne s’agit plus seulement de prévenir les poussées, mais aussi de lutter contre la progression invisible de la maladie, afin d’intervenir le plus tôt possible et de préserver durablement l’autonomie des personnes atteintes de sclérose en plaques.
Clarifier le statut des nouvelles recommandationsAlléger les répétitions sur la progression silencieuseMieux distinguer faits et perspectives thérapeutiques
Nouhad Ourebzani