Stress oxydant et maladies chroniques : les experts réunis à Alger tracent de nouvelles perspectives médicales

Ce samedi 14 février 2026, l’hôtel Sheraton d’Alger a accueilli un rendez-vous scientifique d’envergure internationale avec la tenue du 3ᵉ Congrès consacré au thème « Stress oxydant, Microbiote et Nutrition ». Organisé par la Société Algérienne des Pathologies du Stress Oxydant (SAPSOX) en collaboration avec le laboratoire de recherche Stress Oxydant, Rein et Complications associées (SORC), l’événement a réuni des spécialistes algériens et étrangers autour de problématiques désormais centrales pour la médecine moderne, à l’interface entre biologie, nutrition et maladies chroniques.

Dès l’ouverture des travaux, l’accent a été mis sur l’importance croissante du microbiote dans la compréhension des mécanismes pathologiques. Structuré en plusieurs sessions scientifiques, le programme a permis d’aborder aussi bien les bases théoriques que les applications cliniques des recherches récentes, notamment l’utilisation des probiotiques et des prébiotiques dans la prévention et la prise en charge de certaines maladies. Les communications ont souligné le rôle déterminant du microbiote intestinal dans la régulation immunitaire et métabolique, tout en rappelant la fragilité de cet équilibre biologique influencé par l’alimentation, l’environnement et les traitements médicamenteux.

Les échanges ont également mis en évidence les liens entre microbiote et maladies rénales, ouvrant des perspectives thérapeutiques innovantes dans la personnalisation des traitements. Un moment scientifique important a été consacré à la présentation d’un projet de recherche fédérateur portant sur le microbiote dans le contexte algérien, illustrant la volonté de structurer la recherche nationale autour de problématiques spécifiques à la population locale, en tenant compte des habitudes alimentaires et des facteurs environnementaux propres au pays.

En marge du congrès, le Dr Yacine Benkaci, médecin spécialiste en médecine interne et ancien chef de clinique hospitalo-universitaire des CHU de Paris, a insisté sur l’importance de la prévention en amont de nombreuses pathologies. Il a notamment évoqué les liens entre hygiène bucco-dentaire et maladies neurodégénératives, expliquant que certaines infections dentaires pourraient favoriser des processus inflammatoires susceptibles d’atteindre le cerveau et contribuer à des tableaux de démence. Il a également présenté des données sur la polyarthrite rhumatoïde, pathologie touchant majoritairement les femmes, pouvant être associée à certaines infections urinaires impliquant la bactérie Proteus mirabilis.

Le spécialiste a par ailleurs abordé la question de l’obésité, décrite comme un état inflammatoire chronique influençant la durée de vie, ainsi que le rôle du microbiote intestinal dans le développement de maladies métaboliques comme la stéatose hépatique. Il a recommandé une alimentation équilibrée, avec réduction de la consommation de viandes rouges et une hydratation suffisante, soulignant l’impact direct du mode de vie sur la santé globale.

De son côté, le Pr Abdelhamid Djekoun, directeur du Centre de Recherche en Sciences Pharmaceutiques (CRSP) de Constantine, a présenté un projet scientifique structurant initié par son institution. Des chercheurs du centre ont exposé plusieurs communications portant sur le microbiote et les probiotiques dans le contexte algérien, ainsi que sur leurs interactions avec différentes pathologies. Une plateforme scientifique dédiée au microbiote est en cours de développement, accompagnée d’un guide destiné aux professionnels de santé, qui abordera les probiotiques, prébiotiques et postbiotiques afin d’améliorer les connaissances et la pratique clinique dans ce domaine émergent.

L’après-midi a été consacré aux implications cliniques du stress oxydant dans diverses pathologies chroniques. Les experts ont discuté des liens entre microbiote et maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, des risques thrombotiques en cancérologie ou encore des dermatites chroniques liées au microbiote cutané. La nutrition a été présentée comme un levier thérapeutique majeur, confirmant l’émergence d’une médecine intégrative combinant alimentation, immunologie et microbiologie.

La thématique du stress oxydant a occupé une place centrale dans la seconde partie de la journée avec la présentation de recherches innovantes, notamment sur l’hydrogénothérapie moléculaire comme approche potentielle de modulation du stress oxydatif et de l’homéostasie redox. D’autres travaux ont exploré le rôle de la vitamine C dans certaines cellules cancéreuses ou encore les effets du stress oxydatif lors d’intoxications aiguës. Les discussions ont également ouvert des perspectives interdisciplinaires en évoquant des approches complémentaires telles que l’acupuncture dans la modulation du stress oxydant et du microbiote.

La notion émergente de « néphrologie verte », intégrant des stratégies thérapeutiques respectueuses de l’environnement, a suscité un intérêt particulier parmi les participants, illustrant l’évolution de la médecine vers des pratiques plus durables. La participation d’experts internationaux venus notamment d’Europe et d’Amérique du Nord a permis de renforcer les collaborations scientifiques et de favoriser le transfert de connaissances, un enjeu majeur pour l’amélioration de la qualité des soins.

La nutrition a également occupé une place importante dans les discussions. La Dre Rym Ben Othmane, spécialiste en nutrition venue de Tunisie, a plaidé pour l’adoption du régime méditerranéen, présenté comme un modèle alimentaire anti-inflammatoire reposant sur l’huile d’olive, les céréales complètes, le poisson et une réduction des viandes grasses et des aliments ultra-transformés. Elle a mis en garde contre les régimes pro-inflammatoires riches en sucres, fritures et graisses saturées, soulignant leur impact sur les maladies chroniques.

Au-delà de la dimension scientifique, cette rencontre a constitué une véritable vitrine pour la recherche biomédicale algérienne. Elle témoigne du dynamisme de la communauté scientifique nationale dans des domaines à forte valeur médicale et sociétale, ainsi que de l’ambition croissante d’inscrire la recherche algérienne dans les standards internationaux tout en répondant aux besoins spécifiques de la population.

La clôture du congrès a été marquée par un message d’optimisme quant aux perspectives offertes par la recherche sur le microbiote et le stress oxydant. Les intervenants ont rappelé que la compréhension des interactions entre nutrition, environnement et biologie humaine constitue l’un des grands défis scientifiques des prochaines décennies. Par son succès scientifique et organisationnel, ce troisième congrès international confirme la progression d’une médecine algérienne moderne, fondée sur l’innovation, la collaboration internationale et la prévention.

Nouhad Ourebzani