Sur « Sahtek Bin Yeddik »: Sabrina Mokrane décrypte les mécanismes du stress durant le Ramadhan

Intervenant dans le cadre de l’émission d’Esseha, « Sahtek Bin Yeddik », Sabrina Mokrane, psychothérapeute, a abordé un thème qui revient avec insistance chaque année : le stress durant le mois de Ramadhan. Un sujet sensible, souvent banalisé, mais dont les répercussions peuvent peser lourdement sur la vie familiale et sociale.
D’emblée, elle pointe un phénomène bien ancré : « Il existe une forme d’inconscient collectif, qui nous fait croire que, parce que nous ne buvons pas de café ou ne fumons pas durant le mois de Ramadhan, il est normal d’être nerveux ». Selon la spécialiste, cette croyance agit comme un programme intérieur. « Notre voix intérieure finit par nous convaincre que cet état est inévitable ». Certes, reconnaît-elle, l’arrêt de certains petits plaisirs quotidiens peut générer un léger stress. « Mais pas au point d’adopter un comportement hostile envers son entourage ou ses collègues. Cela relève d’une non-fonctionnalité sociale ». En dehors d’une véritable addiction, rien ne justifie de tels débordements. D’ailleurs, observe-t-elle, « certaines personnes ne sont pas plus apaisées après le f’tour ».
Comment alors corriger ces attitudes ? La spécialiste rappelle les bases : « Dans tout comportement, il y a la pensée, l’émotion et l’action. Il est donc essentiel de surveiller ses pensées ». Elle invite à ne pas s’aligner automatiquement sur les réactions des autres. « Il faut adopter une posture méta, prendre du recul et s’observer comme un spectateur. On réalise alors que nous avons du pouvoir sur nous-mêmes ».
Sabrina Mokrane s’adresse autant aux hommes qu’aux femmes. « Beaucoup de femmes se mettent une pression énorme pour que tout soit parfait à l’iftar ». Elle encourage à déconstruire ces croyances : « Si le repas n’est pas prêt à la minute près, ce n’est pas la fin du monde. Il faut s’autoriser à faire les choses à son rythme ».
Les tensions conjugales, note-elle, augmentent durant ce mois. « De nombreux couples consultent à cause du stress devenu ingérable ». Son message est simple : « Dans un couple, soit on gagne ensemble, soit on perd ensemble. Ce n’est pas l’un contre l’autre, mais l’un avec l’autre ». Car lorsque les conflits s’installent, prévient-elle, « ce mois sensé être spirituel peut devenir éprouvant, voire traumatisant pour les enfants ».
Hassina Amrouni