Une équipe internationale de chercheurs publie une étude qui éclaire pour la première fois les mécanismes moléculaires par lesquels le β-carotène, un pigment présent dans les fruits et légumes colorés, pourrait aider à freiner les effets de l’obésité liée à une alimentation riche en graisses. Leur travail combine analyses bioinformatiques de données biologiques et validations expérimentales chez des modèles animaux, ouvrant de nouvelles perspectives pour des approches nutritionnelles ou thérapeutiques contre l’excès de poids.
L’obésité est un fléau mondial associé à un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d’inflammation chronique. Depuis longtemps, les caroténoïdes — en particulier le β-carotène, précurseur de la vitamine A — sont reconnus pour leurs propriétés antioxydantes et leur rôle dans la santé métabolique. Pourtant, jusqu’ici, les mécanismes précis par lesquels ces pigments pourraient influencer le tissu adipeux restaient largement inconnus.
Les chercheurs ont commencé par exploiter des approches bioinformatiques avancées, analysant l’expression génique dans des tissus adipeux soumis à un régime riche en lipides. Ils ont identifié une série de gènes — dont Gp9, Micb, Cisd1, Prpf19, Man2b1 et Tyrobp — dont l’activité variait significativement en présence de β-carotène ou de ses métabolites. Ces cibles potentielles semblent jouer un rôle dans des processus clés qui régulent la réponse cellulaire au stress métabolique et l’inflammation locale dans le tissu adipeux. L’expression de ces marqueurs est étroitement liée à l’activité des macrophages, cellules immunitaires qui infiltrent le tissu adipeux pendant l’obésité et contribuent à une inflammation chronique délétère.
Les données issues de modèles murins d’obésité confirment que l’ingestion ou la présence de β-carotène modifie effectivement l’expression de ces gènes dans différents types de graisses, notamment la graisse viscérale, la plus nocive pour la santé métabolique. Ces modifications sont cohérentes avec une atténuation des signatures pro-inflammatoires et une modulation de la polarisation des macrophages — une façon de dire que les réactions immunitaires locales dans la graisse deviennent moins agressives en présence du pigment.
Ce travail va au-delà de l’idée simpliste selon laquelle le β-carotène n’est qu’un antioxydant : il pourrait interagir avec des réseaux moléculaires spécifiques pour influencer des voies biologiques critiques dans le métabolisme des lipides et l’immunité des tissus gras. Parmi les hypothèses explorées, la conversion du β-carotène en rétinoïdes (vitamine A et dérivés) — déjà connue pour influencer l’oxydation des graisses et la différenciation cellulaire — pourrait être un pivot de ces effets bénéfiques, en lien avec des régulateurs transcriptionnels comme PPAR et RXR déjà identifiés dans d’autres recherches.
Les auteurs restent prudents : si ces résultats sont prometteurs, ils nécessitent encore des confirmations cliniques chez l’humain pour établir si les mêmes mécanismes observés chez les souris se retrouvent chez les personnes en surcharge pondérale ou obèses. Ils soulignent aussi que l’efficacité potentielle d’une intervention nutritionnelle dépendra de nombreux facteurs, comme la biodisponibilité du β-carotène dans l’alimentation, l’absorption intestinale, et la conversion métabolique locale dans les tissus cibles.
En attendant, cette étude alimente un débat croissant : loin d’être un simple pigment alimentaire, le β-carotène pourrait être l’un des éléments clés par lesquels une nutrition riche en végétaux colorés agit favorablement sur la santé métabolique, notamment en modulant l’inflammation et le comportement des cellules immunitaires dans la graisse. Si cela devait se confirmer chez l’humain, ces mécanismes ouvriraient la voie à des stratégies de prévention ou de traitement plus fines, combinant alimentation ciblée et compréhension moléculaire des tissus adipeux — un pas important vers une médecine métabolique personnalisée.
Nouhad Ourebzani