Une étude révèle que l’heure du soin change l’efficacité de l’immunothérapie

Pendant longtemps, l’efficacité des traitements contre le cancer a été pensée en termes de molécules, de protocoles et de technologies. Mais une étude récente vient bouleverser cette approche classique en révélant un facteur longtemps sous-estimé : le temps. Non pas le temps qui passe, mais l’heure précise à laquelle un traitement est administré. Selon des chercheurs chinois, le moment de la journée pourrait influencer de manière spectaculaire l’efficacité de l’immunothérapie, au point de doubler la durée de survie chez certains patients.

Publiée dans la revue scientifique Nature Medicine, cette étude repose sur un essai clinique rigoureux mené auprès de 210 patients atteints d’un cancer du poumon à petites cellules, une forme particulièrement agressive de la maladie. Les participants ont été répartis en deux groupes distincts : les uns recevaient leur immunothérapie avant 15 heures, les autres après cette heure. Tous suivaient également un protocole de chimiothérapie, ce qui permettait de comparer l’effet du timing du traitement sans modifier la nature du soin.

Les résultats ont surpris la communauté scientifique par leur ampleur. Trois ans après le début du suivi, la moitié des patients traités avant 15 heures étaient encore en vie, contre seulement un cinquième parmi ceux qui avaient reçu leur traitement plus tard dans la journée. Une différence considérable, qui dépasse largement ce que l’on observe habituellement dans les études cliniques.

Pour Annabelle Ballesta, chercheuse à l’Inserm et à l’Institut Curie, ces données pourraient transformer la manière de soigner certains cancers. À ses yeux, il ne s’agit pas d’un simple détail organisationnel, mais d’un paramètre thérapeutique à part entière. Car si l’heure d’administration peut influencer la survie, alors la médecine doit intégrer cette dimension temporelle dans ses stratégies de traitement.

Cette découverte s’inscrit dans un champ de recherche en plein essor : la chronobiologie, qui étudie l’influence des rythmes biologiques sur la santé. Le corps humain fonctionne selon une horloge interne, appelée rythme circadien, qui régule de nombreuses fonctions physiologiques sur un cycle d’environ 24 heures. Le système immunitaire, loin d’être constant au fil de la journée, connaît lui aussi des variations.

Des expériences menées sur des modèles animaux apportent un début d’explication. Il apparaît que le matin, certaines cellules immunitaires, notamment les lymphocytes T, circulent plus facilement dans l’organisme et traversent plus efficacement les vaisseaux sanguins. Dans ce contexte, l’immunothérapie, dont l’objectif est de stimuler les défenses naturelles du corps contre les cellules cancéreuses, pourrait bénéficier d’un terrain biologique plus favorable.

À l’inverse, la tumeur elle-même pourrait devenir plus résistante au fil de la journée, rendant les traitements moins efficaces lorsqu’ils sont administrés plus tard. Ce double phénomène — un système immunitaire plus réactif le matin et une tumeur plus robuste l’après-midi — pourrait expliquer l’écart observé entre les deux groupes de patients.

Ce n’est pas la première fois que des indices vont dans ce sens. Des études antérieures avaient déjà suggéré que l’administration matinale de l’immunothérapie améliorait la survie chez des patients atteints de mélanome ou de cancers du poumon, de la vessie ou du rein à des stades avancés. Mais l’étude chinoise se distingue par sa méthodologie et par l’ampleur de ses résultats, ce qui renforce la crédibilité de cette hypothèse.

Pour autant, les chercheurs restent prudents. Annabelle Ballesta rappelle que ces données doivent être confirmées par d’autres essais cliniques, menés sur différents types de cancers et dans des populations variées. Plusieurs études similaires sont d’ailleurs en cours à travers le monde, avec l’objectif de vérifier si l’effet du timing thérapeutique se retrouve dans d’autres contextes médicaux.

Si ces résultats se confirment, les implications pourraient être considérables. Sans modifier les médicaments ni augmenter les coûts, il serait possible d’améliorer l’efficacité des traitements simplement en ajustant leur horaire d’administration. Une révolution discrète, mais potentiellement majeure, dans la lutte contre le cancer.

Au-delà de la science, cette découverte rappelle une vérité souvent oubliée : le corps humain n’est pas une machine qui fonctionne de manière uniforme. Il obéit à des rythmes, à des cycles, à une temporalité propre. Et peut-être que, dans la bataille contre le cancer, apprendre à écouter cette horloge intérieure pourrait devenir l’une des armes les plus puissantes de la médecine moderne.

Nora S.