2ᵉ édition de la Pharmalliance BRAIN Conference

Schizophrénie, addictions et psychiatrie de précision au cœur des débats

Organisée à l’occasion du 30e anniversaire du Laboratoire Pharmalliance, la 2e édition de la Pharmalliance BRAIN Conference a réuni plus de 250 médecins et spécialistes venus de différentes régions du pays.
Dédiée aux avancées de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie, cette rencontre scientifique a permis de mettre en lumière les défis actuels de la santé mentale en Algérie tout en favorisant les échanges entre experts autour des nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques.
Pour Tarik Lasnami, Business Unit Manager chez Pharmalliance, cette édition s’inscrit dans la continuité d’une première expérience réussie.
Au micro d’Esseha, le responsable a souligné qu’elle marque une étape importante dans le développement de la formation médicale continue, avec une particularité notable : « Cette année est un peu particulière puisque les orateurs et les communicants sont tous algériens ». Selon lui, la conférence a permis aux spécialistes de débattre de la psychiatrie moderne, de ses enjeux et des perspectives offertes par les nouvelles thérapeutiques. L’objectif demeure de favoriser les échanges entre experts afin d’aboutir à des recommandations consensuelles au bénéfice du patient algérien. « En Algérie, nous essayons d’apporter le meilleur pour le patient algérien », a-t-il affirmé.
Le Dr Nasreddine Kaloun, psychiatre libéral et président de l’Association algérienne des psychiatres d’exercice privé (AAPEP), a salué la capacité de l’événement à fédérer les professionnels de la discipline à l’échelle nationale. « Pour cette seconde édition de Pharmalliance BRAIN Conference, les travaux ont porté aussi bien sur les problématiques de l’enfant et l’adolescent que sur celles de l’adulte », a-t-il déclaré à Esseha. Une approche globale qui témoigne de la volonté des spécialistes de mieux comprendre les continuités et les interactions entre les différentes étapes de la vie.
Cette articulation entre psychiatrie de l’enfant et psychiatrie de l’adulte a été au cœur de l’intervention du Pr Sandra Mouffok chef du service de pédopsychiatrie à l’EHS d’Oran. Son exposé consacré aux troubles du comportement chez l’adolescent a permis de rappeler la complexité de ces situations cliniques. « C’est un motif de consultation très fréquent et très vague, car il peut englober plusieurs diagnostics comme la schizophrénie, les troubles bipolaires, mais aussi les troubles de conduite, les troubles d’opposition, l’hyperactivité ou encore les tics », a expliqué la spécialiste sur le canal Esseha. Elle a aussi insisté sur l’importance d’une prise en charge précoce et d’un suivi continu entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Certains comportements observés chez les jeunes, tels que l’impulsivité, l’agressivité ou le décrochage scolaire, peuvent en effet constituer des signes annonciateurs de troubles nécessitant ultérieurement une prise en charge en psychiatrie générale ou en addictologie. « C’est important de faire le continuum de l’enfance, de l’adolescence à l’âge adulte », a-t-elle noté, rappelant qu’il existe aujourd’hui des outils de dépistage et des traitements adaptés pour ces troubles.
De son côté, le Pr Mohammed Nedjari, chef du service de psychiatrie à l’hôpital Drid-Hocine, est revenu sur le même canal sur le propos de son intervention, consacrée à la schizophrénie et aux nouvelles perspectives offertes par la recherche. Il a tenu à relativiser l’augmentation apparente du nombre de cas observés dans plusieurs pays, rappelant que « la schizophrénie touche 1% de la population mondiale » et que cette progression suit généralement l’évolution démographique.
Le spécialiste préfère d’ailleurs parler de « trouble » plutôt que de maladie, estimant que les causes précises demeurent encore insuffisamment élucidées malgré des avancées prometteuses. Il a mis en avant l’importance d’une prise en charge globale dépassant le seul traitement médicamenteux. « Lorsque des programmes de soins sont immédiatement mis en place, avec la psychothérapie et la remédiations cognitive, le pronostic est considérablement amélioré ».
Le Pr Nedjari a également évoqué l’émergence d’une psychiatrie de précision fondée sur l’identification de marqueurs biologiques et inflammatoires susceptibles d’améliorer le diagnostic et l’orientation thérapeutique. Les progrès de la génétique ouvrent également de nouvelles perspectives pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la schizophrénie et d’autres troubles psychiatriques.
La problématique des addictions a également été abordée lors de cette manifestation scientifique.
Le Pr Hakima Souki, psychiatre-psychothérapeute à l’hôpital Drid-Hocine, a souligné l’intérêt de ce type de rencontre pour favoriser les échanges entre spécialistes autour de questions devenues majeures en santé mentale.
Au micro d’Esseha, elle a rappelé que les débats ont notamment porté sur les troubles liés à la consommation de drogue, un phénomène qu’elle juge de plus en plus préoccupant. « L’addiction prend de plus en plus d’ampleur dans notre société », a-t-elle indiqué, estimant que la collaboration entre addictologues, psychiatres et psychothérapeutes est indispensable pour mieux répondre à cette problématique. Pour la spécialiste, ces conduites ne peuvent être analysées uniquement sous l’angle médical. « Cela dépasse la pathologie et la psychiatrie à proprement parler, nous sommes dans la santé mentale », a-t-elle souligné, appelant à une mobilisation plus large en faveur de la prévention et de la protection des jeunes.
Le Pr Souki a aussi insisté sur l’importance d’un recours précoce aux soins spécialisés. « Il faut aller au-delà des tabous liés au suivi par un psychiatre, un pédopsychiatre ou un psychologue », a-t-elle affirmé, estimant que les familles ont un rôle essentiel dans le dépistage et l’accompagnement des enfants et adolescents en difficulté.
De son côté, le Pr Messaouda Bensaida, chef de service de psychiatrie à l’EHS Errazi d’Annaba, est revenue sur les avancées récentes dans la compréhension de la schizophrénie. La spécialiste a surtout mis en avant les nouvelles perspectives offertes par les technologies émergentes. « L’intelligence artificielle nous aide aujourd’hui à diagnostiquer la maladie et à choisir les méthodes de traitement », a-t-elle expliqué.
Hassina Amrouni