Ils n’ont pas de tenue de protection, pas de masque adapté, parfois même pas le temps de réfléchir à mieux se protéger. Quand le feu approche, ils sortent pour aider un voisin, mettre une personne âgée, des enfants à l’abri ou prêter main forte aux équipes sur place. Et lorsque les flammes sont maîtrisées, beaucoup restent. Ils distribuent de l’eau et des vivres, nettoient, dégagent les maisons, recherchent des disparus, accompagnent les familles sinistrées.
En Algérie, ces élans de solidarité sont essentiels. Mais pour ceux qui ont été eux-mêmes exposés au feu, à la fumée ou à la perte de leur maison, aider les autres peut aussi devenir une source d’épuisement physique et psychologique.
La première règle est de ne pas retourner dans une zone tant que les autorités n’ont pas indiqué qu’elle est sûre. Un incendie éteint peut laisser des braises, des structures fragilisées, des fils électriques ou des produits brûlés. Si l’on doit malgré tout intervenir dans un secteur autorisé, il faut éviter autant que possible de remuer les cendres. Ne pas les balayer à sec ni souffler dessus car cela propage les particules dans l’air.
Des vêtements qui couvrent les bras et les jambes, des chaussures fermées et si possible des gants et des lunettes constituent déjà une protection utile. Si un masque filtrant est disponible et bien ajusté, il protège mieux des particules que les masques en tissu. A défaut, le plus important reste de réduire le temps passé dans la fumée et les poussières.
Après plusieurs heures d’efforts, surtout sous une forte chaleur, la fatigue peut devenir dangereuse. Maux de tête, vertiges, nausées, faiblesse inhabituelle, crampes, confusion ou sensation de malaise doivent pousser à arrêter l’activité, se mettre à l’écart de la fumée et de la chaleur, boire de l’eau et se faire aider si l’état ne s’améliore pas.
Une toux persistante, une respiration difficile, des sifflements, une douleur dans la poitrine ou un malaise après inhalation de fumée ne doivent pas être banalisés. Une difficulté respiratoire importante, une perte de connaissance ou une confusion nécessitent une prise en charge urgente.
Certains bénévoles ont vu des maisons brûler, ont craint pour leurs proches ou même perdus familles et biens dans ces incendies. Dans les jours qui suivent, il n’est pas rare de ressentir de l’anxiété, de la tristesse, de la colère, une grande fatigue, ou des difficultés à dormir. Des images répétitives des incendies peuvent redéfiler, parfois de façon très vive. Ces réactions sont fréquentes après une catastrophe et s’atténuent généralement avec le temps. Toutefois, si elles deviennent très intenses, persistent ou empêchent de dormir, de travailler ou de mener les activités habituelles, il est important de demander de l’aide. Parler à une personne de confiance qui sait faire preuve d’empathie, ne pas rester seul et accepter une aide concrète sont déjà des moyens importants de faire face. L’aide psychologique ne consiste pas forcément à faire raconter le traumatisme : écouter, rassurer et répondre aux besoins immédiats sont des gestes recommandés après une telle catastrophe.
Hassina Amrouni