Le cancer de la prostate est l’une des maladies les plus fréquentes chez les hommes, touchant des milliers de patients chaque année. Avec un diagnostic souvent posé à un stade précoce, les perspectives de guérison sont généralement bonnes, mais les traitements disponibles ont des effets variés sur la qualité de vie des patients. Une récente étude vient de révéler que la radiothérapie stéréotaxique (SBRT) surpasse la chirurgie assistée par robot dans des domaines clés, notamment la préservation de la continence et de la fonction sexuelle, deux facteurs essentiels pour le bien-être des patients.
La radiothérapie, un traitement à privilégier ?
Pour les patients atteints d’un cancer de la prostate localisé, plusieurs options de traitement existent, parmi lesquelles la chirurgie, la surveillance active et la radiothérapie. Historiquement, la chirurgie, notamment la prostatectomie assistée par robot (système Da Vinci), est souvent recommandée en première ligne. Cependant, selon l’étude PACE-A, la radiothérapie stéréotaxique pourrait bien être une meilleure option. Menée sur une période de 10 ans (2012-2022), cette étude a comparé directement les deux techniques les plus modernes disponibles, apportant des conclusions particulièrement pertinentes pour les cliniciens et les patients.
La Prof. Dr. Stephanie E. Combs, porte-parole de la Société allemande de radio-oncologie (DEGRO), explique : « La première option thérapeutique mentionnée est souvent perçue comme la meilleure par les patients, ce qui peut être trompeur. Avec les résultats de cette étude, il est temps de revoir les recommandations en plaçant la radiothérapie en tête, notamment en raison de ses effets bénéfiques sur la fonction sexuelle et la continence. »
Une différence notable en termes de continence et de fonction sexuelle
L’une des principales conclusions de l’étude porte sur la préservation de la continence. Deux ans après le traitement, seulement 6,5 % des patients ayant reçu une radiothérapie utilisaient encore des protections pour l’incontinence, contre 50 % de ceux ayant subi une chirurgie. Cette différence est significative. « L’incontinence urinaire est un problème majeur, souvent tabou, qui affecte gravement la qualité de vie. Elle peut entraîner un isolement social, une baisse de l’estime de soi et même la dépression », déclare le Prof. Jürgen Dunst, directeur de la clinique de radiothérapie de l’hôpital universitaire de Schleswig-Holstein. « Le maintien de la continence est donc un facteur essentiel à prendre en compte dans la décision thérapeutique. »
En ce qui concerne la fonction sexuelle, la radiothérapie s’est également révélée supérieure. Les patients traités par radiothérapie ont évalué leur qualité de vie sexuelle de manière bien plus positive que ceux ayant subi une chirurgie (62,5 points contre 19 points). Environ 33 % des patients opérés ont signalé des problèmes sexuels modérés à graves, contre seulement 18 % des patients irradiés.
Une approche moderne qui redéfinit les standards de traitement
L’étude PACE-A a inclus 123 patients atteints de cancer de la prostate localisé, avec des risques faibles à modérés. Les traitements comparés comprenaient la radiothérapie stéréotaxique à forte dose, administrée en cinq séances avec des technologies avancées comme le CyberKnife, et la chirurgie robotique, réalisée dans 84 % des cas à l’aide du système Da Vinci.
Les résultats montrent qu’en plus d’améliorer la continence et la fonction sexuelle, la radiothérapie moderne n’entraîne que peu d’effets secondaires en termes de fonction intestinale, qui reste un domaine où la chirurgie a un léger avantage. Cependant, le Prof. Dunst relativise cette différence en affirmant que les problèmes intestinaux observés chez les patients irradiés étaient minimes.
Vers un changement des pratiques ?
Face à ces résultats, les spécialistes plaident pour un changement des recommandations cliniques. « Les données sont claires : la radiothérapie moderne est supérieure à la chirurgie robotique dans des aspects qui comptent vraiment pour les patients. Il est essentiel que ces informations soient communiquées lors des consultations afin que les patients puissent prendre une décision éclairée », déclare le Prof. Wilfried Budach, secrétaire général de la DEGRO.
En conclusion, cette étude apporte un éclairage nouveau sur les avantages de la radiothérapie stéréotaxique dans le traitement du cancer de la prostate localisé. En permettant une meilleure préservation de la qualité de vie des patients, notamment en matière de continence et de fonction sexuelle, elle se positionne comme une alternative de choix face à la chirurgie, même dans sa forme la plus moderne. Ces découvertes pourraient bien redéfinir les standards de traitement pour des millions d’hommes à travers le monde.
Nouhad Ourebzani