Cancer du sein : une hormonothérapie pourrait favoriser la dissémination métastatique, selon une étude

Une équipe internationale de chercheurs vient de mettre en lumière un mécanisme inquiétant dans certains cancers du sein hormonodépendants : les traitements hormonaux, pourtant essentiels pour prévenir les rechutes, pourraient aussi reprogrammer certaines cellules tumorales et favoriser leur capacité à se propager dans l’organisme. Publiée dans la revue scientifique Nature Communications, l’étude ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant les rechutes tardives du cancer du sein.

Les chercheurs se sont intéressés aux cancers du sein dits « ER+ », c’est-à-dire sensibles aux œstrogènes. Ce type représente environ 75 % des cancers du sein. Après une chirurgie, les patientes reçoivent généralement une hormonothérapie — comme le tamoxifène ou les inhibiteurs de l’aromatase — pendant cinq à dix ans afin d’empêcher la croissance des cellules cancéreuses résiduelles. Pourtant, jusqu’à 30 % des patientes développent ultérieurement une rechute résistante au traitement.

L’étude révèle que certaines cellules tumorales survivent à l’hormonothérapie en adoptant un comportement particulier : elles prolifèrent lentement, deviennent difficiles à détecter, mais acquièrent parallèlement une forte capacité à migrer et à former des métastases. Les scientifiques parlent d’un véritable « reprogrammation cellulaire » induite par le traitement hormonal.

Grâce à des techniques avancées de séquençage cellulaire, les chercheurs ont identifié un acteur clé de ce phénomène : la voie de signalisation P-Rex1/Rac1. Cette voie moléculaire semble être fortement activée chez les cellules cancéreuses résistantes aux traitements endocriniens. Les analyses réalisées sur des échantillons de patientes montrent également que la protéine P-Rex1 est particulièrement présente dans les cancers du sein ER+ associés aux rechutes tardives.

Les expériences menées chez la souris et sur des modèles dérivés de patientes ont montré qu’en bloquant cette voie Rac1 à l’aide de molécules spécifiques, les chercheurs parvenaient à réduire la mobilité des cellules cancéreuses, leur survie et la charge tumorale globale, notamment lorsqu’elles étaient associées au tamoxifène.

Pour les auteurs, cette découverte pourrait expliquer pourquoi certaines rechutes surviennent plusieurs années après un traitement considéré comme efficace. Contrairement aux récidives précoces, souvent liées à une prolifération rapide des cellules tumorales, les rechutes tardives seraient dues à des cellules dormantes ou très lentes à se développer, mais capables de réactiver la maladie à distance.

Les chercheurs estiment désormais que la voie P-Rex1/Rac1 constitue une cible thérapeutique prometteuse pour prévenir ou traiter ces récidives métastatiques tardives. Cette avancée pourrait également permettre d’identifier à l’avenir les patientes les plus à risque de rechute malgré une hormonothérapie prolongée.

Ouiza Lataman