Cancer : survivre à une première tumeur ne met pas fin au risque, alerte une vaste étude

Une première victoire contre le cancer ne signifie pas toujours la fin du combat. Une étude américaine de grande ampleur publiée dans la revue scientifique PLOS Medicine révèle que les survivants du cancer restent exposés à un risque important de développer un second cancer primaire, parfois des années après leur guérison initiale. Une réalité qui pousse les chercheurs à repenser le suivi médical à long terme des patients.

L’étude, intitulée Subsequent primary cancer incidence among cancer survivors in the United States, 1975–2019: An age–period–cohort analysis, s’appuie sur les données du programme américain de surveillance des cancers SEER. Les chercheurs ont analysé le parcours de plus de 3,36 millions de personnes diagnostiquées avec un premier cancer entre 1975 et 2019. Au total, plus de 510 000 nouveaux cancers secondaires ont été recensés au cours d’un suivi cumulé approchant les 30 millions d’années-personnes.

Les résultats montrent une tendance nette : le risque de développer un second cancer augmente avec l’âge. Chez les femmes âgées de 35 à 39 ans lors du premier diagnostic, l’incidence des cancers secondaires atteignait environ 915 cas pour 100 000 personnes-années. Ce chiffre grimpait à près de 1 980 cas chez les femmes de 75 à 79 ans. Chez les hommes, l’augmentation était encore plus marquée, culminant à près de 2 945 cas pour 100 000 personnes-années dans les tranches d’âge les plus élevées.

Mais l’âge n’est pas le seul facteur en cause. Le type de cancer initial joue également un rôle majeur. Les chercheurs ont observé une progression continue du risque de second cancer chez les femmes ayant survécu à un cancer du poumon. Entre les périodes 1975-1979 et 2015-2019, ce risque a augmenté de près de 60 %. Chez les hommes, les survivants d’un cancer de la vessie faisaient partie des groupes les plus exposés à une hausse persistante du risque.

À l’inverse, certains cancers montrent une diminution progressive du risque dans les générations les plus récentes, un phénomène que les auteurs attribuent aux progrès du dépistage, à la baisse du tabagisme et à l’amélioration des traitements oncologiques.

Pour les chercheurs, cette évolution pose un défi majeur aux systèmes de santé. Grâce aux avancées thérapeutiques, le nombre de survivants du cancer ne cesse d’augmenter. Aux États-Unis, cette population pourrait dépasser les 22 millions de personnes d’ici 2035. Cette amélioration de la survie transforme progressivement le cancer en maladie chronique pour de nombreux patients, avec la nécessité d’un suivi prolongé bien au-delà de la fin des traitements.

Les auteurs soulignent que plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette vulnérabilité accrue : les effets à long terme de la radiothérapie ou de certaines chimiothérapies, le vieillissement, les prédispositions génétiques, mais aussi des facteurs de mode de vie persistants comme le tabagisme, l’alcool, l’obésité ou la sédentarité.

L’étude plaide ainsi pour une nouvelle approche de la prise en charge des survivants du cancer. Les chercheurs estiment que le suivi médical devrait désormais être davantage personnalisé, en tenant compte de l’âge, du sexe, des traitements reçus et du type de cancer initial. L’enjeu n’est plus seulement de vaincre un premier cancer, mais aussi de prévenir l’apparition des suivants.

Ouiza Lataman