Diabète de type 2 : pourquoi la prévention devrait commencer bien avant le prédiabète

Le diabète de type 2 ne commence pas lorsque la glycémie franchit le seuil du prédiabète. Les dérèglements qui conduisent à la maladie peuvent s’installer progressivement pendant des années, parfois dès l’enfance. Une réalité qui conduit des chercheurs à proposer de repenser la prévention en intervenant beaucoup plus tôt au cours de la vie.

Dans une analyse publiée dans Nature Medicine sous le titre « Type 2 diabetes prevention across the life course », un groupe international de spécialistes défend une approche fondée sur la préservation de la santé métabolique tout au long de la vie, plutôt que sur une intervention concentrée essentiellement sur les personnes déjà au stade du prédiabète.

Le prédiabète correspond à une glycémie supérieure à la normale, mais encore insuffisante pour poser le diagnostic de diabète. Il est souvent considéré comme l’étape précédant la maladie. Pourtant, cette évolution n’est pas inéluctable.

Les auteurs soulignent qu’un retour à une glycémie normale est possible chez certaines personnes. Des travaux antérieurs montrent que cette normalisation est associée à un risque ultérieur plus faible de développer un diabète de type 2. L’objectif ne serait donc plus seulement d’empêcher ou de retarder la progression du prédiabète, mais, lorsque cela est possible, de favoriser sa rémission.

Cette approche remet également en question une vision trop centrée sur le poids. Le surpoids et l’obésité demeurent des facteurs de risque majeurs, mais les mécanismes diffèrent d’une personne à l’autre. Certains développent principalement une résistance à l’insuline, tandis que chez d’autres, le pancréas perd progressivement sa capacité à en produire suffisamment. La répartition des graisses dans l’organisme, notamment leur accumulation dans le foie et autour des organes, joue également un rôle.

D’où l’intérêt, selon les chercheurs, de mieux adapter la prévention au profil métabolique de chacun, tout en conservant ses piliers bien établis : alimentation équilibrée, activité physique régulière, réduction de la sédentarité et prise en charge du surpoids lorsqu’il est présent.

Mais l’un des principaux messages de cette publication consiste surtout à regarder le risque de diabète sur l’ensemble du parcours de vie.

L’enfance et l’adolescence constituent ainsi des périodes importantes. Une prise de poids excessive peut favoriser précocement les troubles métaboliques, tandis que la puberté s’accompagne naturellement d’une diminution temporaire de la sensibilité à l’insuline. Chez les jeunes déjà vulnérables, cette période peut accentuer le risque.

La grossesse représente une autre fenêtre de prévention. Un diabète gestationnel disparaît souvent après l’accouchement, mais il constitue un signal d’alerte : les femmes concernées restent davantage exposées au diabète de type 2 dans les années suivantes. Un suivi métabolique après la grossesse peut donc permettre d’intervenir bien avant l’apparition de la maladie.

Cette vision ne signifie pas qu’il faudrait médicaliser toute la population. Elle invite plutôt à identifier plus tôt les périodes et les personnes à risque et à intervenir avant que les dérèglements ne deviennent plus difficiles à inverser.

Les auteurs rappellent également que la prévention ne peut reposer uniquement sur la volonté individuelle. Le prix et la disponibilité des aliments, les conditions de vie et de travail, l’accès à l’activité physique ou encore l’environnement alimentaire influencent fortement les comportements et, par conséquent, le risque de diabète. Aux mesures individuelles doivent donc s’ajouter des politiques de santé publique favorisant des modes de vie plus protecteurs.

Face à la progression mondiale du diabète de type 2 et à son apparition chez des personnes de plus en plus jeunes, attendre le prédiabète pour intensifier la prévention pourrait ainsi ne plus suffire.

Le changement proposé par les chercheurs tient finalement en une idée : ne plus considérer le prédiabète comme le point de départ de la prévention, mais comme une étape d’une trajectoire qu’il est parfois encore possible d’inverser. Prévenir le diabète reviendrait alors à protéger la santé métabolique dès les premières étapes de la vie et à agir chaque fois qu’une période de vulnérabilité apparaît.

Ouiza Lataman