Certaines injections utilisées pour soulager les douleurs chroniques du tendon d’Achille pourraient être moins efficaces qu’on ne le pensait. Un essai clinique mené par des chercheurs de l’université Monash, en Australie, révèle que deux traitements injectables couramment proposés aux patients n’apportent aucun bénéfice durable supplémentaire par rapport à une intervention témoin. Publiés dans la revue médicale The BMJ, ces résultats invitent à reconsidérer la place de certaines infiltrations dans la prise en charge des tendinopathies chroniques.
Le tendon d’Achille, qui relie les muscles du mollet à l’os du talon, joue un rôle essentiel dans la marche, la course et les mouvements quotidiens. Lorsqu’il devient douloureux, notamment à la suite de sollicitations répétées, les symptômes peuvent persister pendant plusieurs mois et limiter considérablement les activités physiques. Contrairement à une idée répandue, ces douleurs ne résultent pas toujours d’une simple inflammation. Elles peuvent également être associées à des modifications de la structure du tendon et à une diminution de sa capacité à supporter les contraintes mécaniques.
Pour évaluer l’efficacité des traitements injectables, les chercheurs ont suivi 192 adultes présentant une tendinopathie chronique de la partie moyenne du tendon d’Achille. Les participants, dont les symptômes évoluaient depuis une durée médiane de deux ans, ont été répartis en trois groupes. Le premier recevait une intervention témoin, tandis que les deux autres bénéficiaient d’une injection de grand volume, l’une sans corticostéroïde et l’autre avec un corticostéroïde destiné à réduire l’inflammation.
Tous les participants ont également suivi un programme d’exercices thérapeutiques accompagné de conseils pour adapter leurs activités physiques. Cette démarche permettait d’évaluer si les injections apportaient un avantage supplémentaire à une prise en charge reposant notamment sur la rééducation.
Les résultats montrent qu’après douze mois, les patients ayant reçu les injections de grand volume ne présentaient pas d’amélioration significativement supérieure à celle du groupe témoin, que ce soit sur le plan de la douleur ou des capacités fonctionnelles. Autrement dit, les injections étudiées n’ont pas permis d’obtenir une récupération durablement meilleure.
Les chercheurs ont néanmoins observé une amélioration modeste à court terme chez les patients ayant reçu des corticostéroïdes. Cet avantage, constaté après six semaines, ne s’est toutefois pas maintenu au fil du suivi. À six mois, les résultats de ce groupe étaient même moins favorables que ceux du groupe ayant reçu une injection sans corticostéroïde.
Ces observations soulignent une distinction importante entre le soulagement temporaire d’une douleur et l’amélioration durable d’une affection chronique. Un traitement peut produire un effet favorable dans les premières semaines sans nécessairement améliorer l’évolution de la maladie à plus long terme. Cette différence doit être prise en considération lorsqu’un patient envisage une infiltration pour des symptômes persistants.
Les conclusions de l’étude ne signifient cependant pas que toutes les injections destinées à traiter les douleurs du tendon d’Achille sont inefficaces. Les chercheurs ont évalué des injections de grand volume, avec ou sans corticostéroïdes, dans une forme précise de tendinopathie chronique. Les résultats ne peuvent donc pas être généralisés à l’ensemble des techniques injectables ni aux autres affections touchant ce tendon.
Cette recherche rappelle également l’importance des exercices thérapeutiques dans la prise en charge des tendinopathies. Le renforcement progressif des muscles du mollet, l’adaptation des efforts et la reprise encadrée des activités physiques constituent des éléments essentiels du traitement. L’essai ne permet toutefois pas d’isoler l’efficacité propre de ces exercices, puisque tous les participants en ont bénéficié.
Pour les personnes souffrant de douleurs persistantes du tendon d’Achille, ces résultats soulignent l’intérêt d’une évaluation médicale permettant d’identifier précisément l’origine des symptômes et de privilégier les traitements dont les bénéfices sont suffisamment démontrés. Le recours à une infiltration ne devrait pas être considéré comme une solution systématique, notamment lorsque les douleurs deviennent chroniques.
Au-delà de cette affection particulière, l’étude met en évidence un enjeu plus large de la pratique médicale : un traitement ne doit pas seulement être évalué sur sa capacité à soulager rapidement les symptômes, mais aussi sur les bénéfices qu’il apporte durablement à la qualité de vie et aux capacités fonctionnelles des patients.
Ouiza Lataman