L’augmentation de l’espérance de vie est souvent présentée comme un indicateur clé des progrès sociaux et sanitaires. Cependant, vivre plus longtemps ne garantit pas une vie en bonne santé. Une récente étude menée sur les 183 États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en lumière une réalité préoccupante : un écart significatif persiste entre la durée de vie totale et la durée de vie en bonne santé, exposant des années marquées par la maladie ou le handicap.
Un écart moyen de 9,6 ans à l’échelle mondiale
L’étude, publiée dans JAMA Network Open, révèle que l’écart global entre l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé atteint en moyenne 9,6 ans. Cela signifie qu’une personne peut s’attendre à vivre près d’une décennie avec des maladies ou des incapacités affectant sa qualité de vie. Cet écart varie toutefois selon les régions et les pays. Les États-Unis enregistrent l’un des écarts les plus importants, atteignant 12,4 ans, tandis que des pays comme le Lesotho ou la République centrafricaine affichent des écarts plus faibles, autour de 6,5 ans.
Les femmes, en particulier, semblent plus touchées par cet écart. À l’échelle mondiale, elles vivent en moyenne 2,4 années supplémentaires en mauvaise santé par rapport aux hommes. Les disparités les plus marquées entre les sexes se retrouvent en Allemagne, en Espagne et en France, où les femmes présentent un écart supérieur de plus de trois ans à celui des hommes.
Les maladies non transmissibles au cœur du problème
Cette inégalité en matière de santé s’explique en grande partie par la prévalence croissante des maladies non transmissibles (MNT) telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires ou les cancers. Ces maladies, souvent liées à des facteurs de mode de vie, représentent une charge disproportionnée pour les femmes dans de nombreux pays.
L’étude montre que les écarts les plus importants entre l’espérance de vie et la santé sont associés à une augmentation de la morbidité due aux MNT, mais paradoxalement, à une mortalité relativement faible. Ainsi, dans les pays développés où les systèmes de santé permettent de prolonger la vie, les individus vivent plus longtemps mais passent une part importante de ces années supplémentaires en mauvaise santé.
Des progrès inégaux selon les régions
Sur une période de deux décennies (2000-2019), l’espérance de vie mondiale a progressé de 6,5 ans, tandis que l’espérance de vie en bonne santé n’a augmenté que de 5,4 ans. Certains pays ont toutefois réalisé des avancées remarquables. En Afrique, le Rwanda, le Malawi et le Burundi affichent des augmentations significatives de la durée de vie en bonne santé, supérieures à 0,8 an par an. À l’inverse, des pays comme le Venezuela et la République dominicaine ont enregistré des reculs, attribués à des crises économiques et sociales affectant leurs systèmes de santé.
Une menace pour les politiques de santé publique
Ces résultats mettent en évidence un défi majeur pour les politiques de santé publique : il ne suffit pas de prolonger la vie, encore faut-il garantir des années en bonne santé. La gestion des MNT, combinée à des stratégies de prévention axées sur les modes de vie, est essentielle pour réduire cet écart.
Pour l’OMS et ses États membres, cette étude est un signal d’alarme. La longévité en bonne santé, plus qu’un indicateur statistique, reflète la qualité de vie des populations. À une époque où les inégalités sanitaires persistent, ces données invitent à une action collective visant à réduire les écarts entre espérance de vie et santé, en s’attaquant aux causes profondes de la morbidité mondiale.
Si l’allongement de la durée de vie reste une avancée incontestable, il ne peut être pleinement célébré que lorsqu’il s’accompagne d’une amélioration équitable de la santé. Investir dans la prévention des maladies et l’accès aux soins est une priorité pour garantir que chaque année vécue soit une année de qualité. À défaut, les populations du monde entier continueront de vieillir sous le poids des maladies, compromettant les bénéfices des progrès médicaux et technologiques.
Nouhad Ourebzani