Endurance à long terme : quand l’effort intense met le cœur des athlètes vétérans à l’épreuve

Pratiquer une activité physique régulière protège le cœur, mais l’excès d’endurance sur plusieurs décennies pourrait, chez certains sportifs, révéler une face moins connue de l’effort intensif. Une étude récente publiée dans le European Journal of Preventive Cardiology s’est penchée sur un phénomène encore peu documenté : la survenue d’arythmies ventriculaires chez des athlètes masculins d’endurance de plus de 50 ans, pourtant considérés comme en excellente santé cardiovasculaire.

Les chercheurs ont suivi pendant plus de deux ans une cohorte de cyclistes et de triathlètes vétérans, tous engagés de longue date dans des disciplines d’endurance et sans antécédent cardiaque connu. Leur originalité tient à la méthodologie : une surveillance continue du rythme cardiaque à l’aide d’enregistreurs implantables, couplée à une analyse détaillée des habitudes d’entraînement grâce à des outils numériques enregistrant la durée, l’intensité et la fréquence de l’effort.

Les résultats interpellent. Près d’un quart des participants ont présenté au moins un épisode d’arythmie ventriculaire, le plus souvent sous forme de tachycardies ventriculaires non soutenues, mais parfois sous des formes plus graves. Fait marquant, la majorité de ces épisodes sont survenus pendant l’exercice ou dans l’heure qui suivait, suggérant un rôle déclencheur de l’effort intense.

Contrairement aux idées reçues, ces troubles du rythme ne semblent pas directement liés au volume d’entraînement ou à une augmentation récente de la charge sportive. Les athlètes concernés ne s’entraînaient ni plus longtemps ni plus intensément que ceux qui n’ont présenté aucune anomalie. En revanche, un élément distinctif émerge nettement : la présence de fibrose myocardique, une altération discrète du muscle cardiaque détectable uniquement par imagerie avancée. Cette fibrose était significativement plus fréquente chez les sportifs ayant développé des arythmies.

Plus préoccupant encore, tous les épisodes de tachycardie ventriculaire soutenue — une forme rare mais potentiellement grave — ont été observés pendant l’effort et exclusivement chez des athlètes présentant ces anomalies structurelles du cœur. Ces données renforcent l’hypothèse selon laquelle certaines adaptations cardiaques à l’endurance prolongée, longtemps perçues comme purement bénéfiques, pourraient dans certains cas favoriser des zones de fragilité électrique.

Les auteurs appellent à une lecture nuancée de ces résultats. Il ne s’agit pas de remettre en cause les bienfaits largement démontrés de l’activité physique, mais de souligner que, chez des sportifs d’endurance vétérans, le cœur n’est pas toujours à l’abri de modifications silencieuses susceptibles de se manifester lors d’efforts soutenus. L’étude plaide ainsi pour une approche plus individualisée du suivi médical, intégrant une évaluation cardiologique approfondie chez les athlètes âgés poursuivant une pratique intensive.

À l’heure où le sport d’endurance connaît un engouement croissant chez les quinquagénaires et au-delà, ces travaux rappellent que performance, longévité sportive et sécurité cardiovasculaire doivent désormais être pensées ensemble — et non plus séparément.

Ouiza Lataman