Dans une étude récemment publiée dans la revue Science Translational Medicine, une équipe de chercheurs a révélé une découverte pour le moins inattendue : un médicament déjà utilisé pour soigner une maladie génétique rare pourrait transformer le sang humain en poison pour les moustiques. Après ingestion de ce traitement par des volontaires, les moustiques Anopheles – principaux vecteurs du paludisme – sont massivement morts dans les 72 heures suivant la piqûre.
Le principe est simple : administré à l’humain, ce médicament reste actif dans le sang, et lorsque les moustiques s’en nourrissent, ils en subissent les effets toxiques. Les résultats sont frappants : plus de 80 % des insectes concernés ne survivent pas après avoir piqué une personne traitée. En d’autres termes, c’est le moustique qui meurt, et non l’humain, après la piqûre.
Les chercheurs ont modélisé la durée d’efficacité de ce composé dans le corps humain et montrent qu’une dose unique pourrait maintenir son effet létal pendant plusieurs jours. Cela ouvre des perspectives inattendues : dans les zones endémiques, traiter temporairement les populations pourrait contribuer à réduire drastiquement la transmission du parasite, sans pulvérisation d’insecticide ni moustiquaire.
Cette stratégie, qualifiée de « mosquitocide systémique », pourrait venir compléter les efforts existants face à une maladie qui continue de faire plus de 600 000 morts chaque année. Si des essais cliniques supplémentaires sont nécessaires pour garantir l’innocuité de cette utilisation à large échelle, les premiers résultats suscitent l’espoir d’une nouvelle approche, audacieuse et simple : transformer temporairement le corps humain en défense active contre les moustiques porteurs du paludisme.
Nouhad Ourebzani