Le fromage pourrait-il contribuer à préserver le cerveau face au risque de démence ?

 

Et si un aliment aussi courant que le fromage pouvait avoir un lien avec la santé du cerveau ? Une étude menée au Japon apporte une piste intéressante. Selon ses résultats, les personnes âgées qui consomment régulièrement du fromage pourraient présenter un risque légèrement plus faible de développer une démence.

Attention toutefois : il ne s’agit pas d’un aliment miracle ni d’une preuve que le fromage permet de prévenir la démence. Les chercheurs ont simplement observé une association entre cette habitude alimentaire et une incidence plus faible de la maladie.

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont étudié les données de 7 914 personnes âgées de 65 ans et plus, vivant à domicile au Japon. Les participants ont été suivis pendant trois ans dans le cadre d’une vaste étude consacrée au vieillissement et à la santé des populations japonaises.

Les chercheurs ont comparé deux groupes : les personnes qui mangeaient du fromage au moins une fois par semaine et celles qui n’en consommaient pas. Ils ont également tenu compte de nombreux facteurs susceptibles d’influencer la santé cognitive, notamment l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, les revenus, l’état de santé et certaines habitudes alimentaires.

Au terme des trois années de suivi, 3,4 % des consommateurs de fromage avaient développé une démence, contre 4,5 % chez les personnes qui n’en mangeaient pas. Après les différents ajustements statistiques, les chercheurs ont estimé que la consommation régulière de fromage était associée à une diminution d’environ 24 % du risque relatif de démence.

Lorsque les habitudes alimentaires générales ont également été prises en compte, l’association restait présente, mais elle était légèrement moins importante. Le risque relatif était alors inférieur d’environ 21 % chez les consommateurs de fromage.

Ces chiffres doivent cependant être interprétés avec prudence. Une diminution du risque observée dans une étude de population ne signifie pas nécessairement que le fromage est directement responsable de cette différence.

Les personnes qui consommaient du fromage avaient également tendance à avoir une alimentation plus diversifiée, avec une consommation plus fréquente de fruits, de légumes, de viande ou de poisson. Elles présentaient aussi certains indicateurs d’un meilleur état fonctionnel et moins de plaintes concernant leur mémoire. Il est donc difficile d’exclure complètement l’influence de leur mode de vie général.

Pourquoi le fromage pourrait-il néanmoins avoir un intérêt pour le cerveau ?

Les chercheurs évoquent plusieurs hypothèses. Le fromage apporte notamment des protéines, des acides aminés et différents micronutriments. Certains fromages, particulièrement ceux issus de la fermentation, contiennent également des composés susceptibles d’interagir avec le microbiote intestinal.

L’axe reliant l’intestin et le cerveau fait depuis plusieurs années l’objet de nombreuses recherches. Le microbiote intestinal pourrait notamment participer à la régulation de l’inflammation et de certains mécanismes impliqués dans le fonctionnement cérébral.

Certains composants nutritionnels du fromage pourraient également contribuer indirectement à la santé cardiovasculaire. Or, la santé des vaisseaux sanguins est étroitement liée au fonctionnement du cerveau. L’hypertension, l’athérosclérose et d’autres maladies vasculaires constituent en effet des facteurs de risque connus de déclin cognitif.

Mais l’étude japonaise n’a pas permis de démontrer ces mécanismes. Les chercheurs n’ont pas mesuré directement les effets biologiques du fromage sur le cerveau ou les vaisseaux sanguins. Il s’agit donc d’hypothèses qui devront être vérifiées par d’autres travaux.

Un élément intéressant concerne le type de fromage consommé. La grande majorité des participants japonais qui en mangeaient déclaraient consommer du fromage transformé, tandis qu’une proportion beaucoup plus faible consommait des fromages à pâte molle ou à moisissures blanches. Cela montre que les résultats ne peuvent pas être attribués simplement aux probiotiques présents dans certains fromages fermentés.

La quantité consommée constitue également une question encore sans réponse. La majorité des consommateurs de l’étude déclaraient manger du fromage une à deux fois par semaine. Mais les chercheurs n’ont pas pu déterminer quelle quantité serait éventuellement associée au meilleur résultat, ni si une consommation plus importante apporterait davantage de bénéfices.

L’étude présente d’ailleurs plusieurs limites. La consommation de fromage n’a été évaluée qu’au début du suivi. Les chercheurs ne disposaient donc pas d’une mesure détaillée des changements alimentaires au fil du temps. Par ailleurs, les données utilisées pour identifier les cas de démence provenaient notamment de systèmes administratifs japonais liés à la prise en charge de la dépendance, plutôt que d’une évaluation clinique permettant de distinguer précisément toutes les formes de démence.

Autre limite : certains facteurs génétiques importants dans le risque de maladie d’Alzheimer, comme le statut APOE, n’ont pas été pris en compte. Enfin, les habitudes alimentaires japonaises sont différentes de celles observées en Europe ou dans d’autres régions du monde. Il faudra donc confirmer ces résultats dans d’autres populations.

Cette recherche apporte néanmoins une information intéressante dans un contexte où la prévention de la démence devient un enjeu majeur de santé publique. Avec le vieillissement de la population, les scientifiques cherchent de plus en plus à identifier les facteurs du quotidien susceptibles de favoriser un vieillissement cérébral en meilleure santé.

Le fromage pourrait donc avoir sa place dans une alimentation équilibrée, mais cette étude ne justifie certainement pas d’en augmenter fortement la consommation dans le seul objectif de prévenir la démence.

La meilleure approche reste globale : alimentation variée, activité physique régulière, sommeil suffisant, contrôle des facteurs de risque cardiovasculaire, maintien des activités sociales et intellectuelles et suivi médical adapté.

En résumé, cette étude japonaise suggère qu’une consommation de fromage au moins hebdomadaire pourrait être associée à un risque légèrement inférieur de démence chez les personnes âgées. Mais elle ne prouve pas que le fromage protège directement le cerveau.

Le message essentiel est donc simple : le fromage pourrait être l’un des nombreux éléments d’un mode de vie favorable au vieillissement, mais il ne constitue ni un traitement ni une garantie contre la démence. D’autres recherches seront nécessaires pour déterminer si cette association correspond réellement à un effet protecteur et, surtout, pour comprendre quels types de fromages, quelles quantités et quels mécanismes pourraient être concernés.

Nouhad Ourebzani