Le soleil, notre médecin ambigu

Chaque été, le même dilemme revient : s’exposer au soleil ou s’en protéger à tout prix ? Entre peur des coups de soleil, nécessité de vitamine D, risques de cancer et appels à la modération, le soleil est devenu un objet de confusion. Pourtant, bien utilisé, il reste un allié fondamental de notre santé – à condition d’en comprendre la double nature.

Le rôle le plus connu du soleil est la synthèse de la vitamine D, essentielle pour l’absorption du calcium, la solidité des os, mais aussi pour la modulation de l’immunité. En Algérie, malgré un ensoleillement abondant, près de 50 % des adultes, surtout les femmes, présentent une carence modérée à sévère, selon plusieurs études locales. En cause : la vie urbaine, les vêtements couvrants, les habitudes d’exposition réduite, voire la peur du soleil.

Mais l’effet du soleil va bien au-delà de la vitamine D. La lumière naturelle régule notre horloge biologique interne (rythme circadien), influence notre humeur via la sécrétion de sérotonine, et joue un rôle clé dans la prévention des troubles du sommeil et de la dépression saisonnière. Des études ont également montré que l’exposition modérée au soleil peut améliorer la tension artérielle, via la libération d’oxyde nitrique à la surface de la peau, un vasodilatateur naturel.

Cependant, l’ambiguïté commence là où la durée et l’intensité de l’exposition deviennent excessives. En Algérie, le nombre de cancers de la peau reste faible par rapport à l’Europe, mais la vigilance est de mise, notamment chez les personnes à peau claire ou âgées. Le risque ne réside pas dans la lumière en elle-même, mais dans la répétition des brûlures solaires, notamment pendant l’enfance.

Les recommandations les plus récentes convergent : exposer les avant-bras, le visage ou les jambes pendant 10 à 20 minutes par jour, en dehors des heures de pointe (11h–15h), est suffisant pour activer la synthèse de la vitamine D sans danger. Au-delà, il faut se protéger : vêtements légers, chapeaux, et crèmes solaires adaptées.

Mais là encore, un débat persiste. Certaines crèmes solaires, en particulier les produits bon marché contenant de l’oxybenzone ou de l’octinoxate, sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens. D’autres contiennent des nanoparticules qui peuvent avoir un impact sur les écosystèmes marins. D’où l’importance de choisir des produits photostables, non toxiques, et de limiter leur usage aux périodes d’exposition prolongée.

Le soleil, en somme, n’est ni un ennemi ni une panacée. Il est un puissant régulateur biologique, à manier avec intelligence. Dans un pays comme l’Algérie, où l’ensoleillement est une richesse naturelle, réapprendre à s’y exposer sainement pourrait devenir un véritable enjeu de santé publique, entre prévention, nutrition et bien-être.

Ce n’est pas la lumière qui est dangereuse, c’est l’excès. Et comme souvent en santé, c’est l’équilibre qui soigne.

Ouiza Lataman