Chaque année, le Ramadhan transforme profondément notre quotidien. Les horaires des repas changent, le rythme de sommeil se réorganise et certaines habitudes disparaissent temporairement. Cette période de transition ne concerne pas seulement l’alimentation ou le jeûne, elle peut aussi devenir une occasion précieuse de revoir certains comportements installés au fil du temps. Pour beaucoup, le Ramadhan agit comme une sorte de « reset » naturel du mode de vie.
Les chercheurs en psychologie comportementale expliquent que les habitudes reposent largement sur des routines. Une action répétée chaque jour dans le même contexte finit par devenir automatique. C’est le cas de nombreux comportements modernes : grignoter devant un écran, consulter son téléphone de manière compulsive ou allumer une cigarette à des moments précis de la journée. Modifier l’environnement ou les horaires peut alors perturber ces automatismes et ouvrir la voie au changement.
Le Ramadhan crée justement cette rupture. L’absence de repas pendant la journée bouleverse les habitudes alimentaires et oblige à prêter davantage attention à ce que l’on mange et à quel moment. Beaucoup de personnes redécouvrent la sensation de faim réelle et prennent davantage conscience de la qualité de leurs repas. C’est souvent l’occasion de réduire les grignotages, de privilégier des aliments plus simples et de repenser son rapport à la nourriture.
Cette période peut également encourager une réflexion sur l’usage des écrans. Dans la vie quotidienne, les moments de pause sont souvent occupés par les réseaux sociaux ou la navigation sur téléphone. Pendant le Ramadhan, certaines personnes choisissent volontairement de limiter ces distractions pour consacrer davantage de temps à des activités plus calmes : lecture, marche, échanges avec les proches ou moments de réflexion personnelle ou d’entraide. Des études montrent d’ailleurs qu’une réduction du temps des écrans est associée à une meilleure qualité de sommeil et à une diminution du stress.
Le Ramadhan peut aussi représenter un moment propice pour agir sur certaines dépendances notamment le tabac. Les longues heures sans cigarette imposées par le jeûne habituent progressivement l’organisme à des périodes d’abstinence. Pour certains fumeurs, cela constitue un premier pas vers une réduction durable de la consommation, voire un arrêt complet. Bien-sûr, ces changements ne se produisent pas automatiquement. Le mois de Ramadhan offre surtout un cadre favorable, une sorte de pause dans le rythme habituel qui permet de prendre du recul sur ces comportements. En fait, un environnement différent, associé à une motivation personnelle forte, augmente les chances de modifier durablement son mode de vie.
Ainsi, au-delà de sa dimension spirituelle, le Ramadhan peut devenir un moment privilégié pour réévaluer ses routines quotidiennes ? En prêtant davantage attention à ce que l’on mange, à la manière dont on utilise son temps et à certaines habitudes installées, il devient possible d’amorcer des changements qui pourront se prolonger bien après la fin du mois sacré.
Hassina Amrouni